Les cadres ouvriers ne battent pas en retraite

« Mais Monsieur, nous ne sommes que des ouvriers de production ! » C’était lors d’une précédente manifestation et pourtant les femmes qui s’expriment ici sont ingénieures informatique à Cap Gemini.

Les ingénieurs seraient donc de simples ouvriers ? C’est le constat que j’ai aussi fait pendant mon enquête. Dans le livre, je les appelle même les « cadres ouvriers » car les problématiques sociales sont exactement les mêmes. Ils ne sont bien souvent utilisés que pour de la pure production technologique.

Ce samedi matin, dans le cortège toulousain,les informaticiens sont moins nombreux qu’à la dernière mobilisation. « C’est vrai que c’est plus difficile à mobiliser le samedi, m’explique un syndicaliste, parce que c’est jour de repos. » Mais quelques uns sont là quand même. A l’image de David. Il travaille à Sogeti, une filiale du monstre Cap Gemini. L’autocollant CGT collé au revers de sa veste, il me raconte : « Sogeti, c »est la branche à pas chère de Cap ». La filiale low-cost de la prestigieuse maison mère, en quelque sorte. « Et, ils font bien la séparation entre les deux, poursuit l’ingénieur. Par exemple, quand il s’agit des augmentations de salaires, il y a beaucoup plus de barrières. »

C’est que, comme partout, les NAO se profilent : les négociations annuelles obligatoires. Et David rappelle justement : « la loi dit qu’il faut discuter mais n’oblige pas l’entreprise à faire une proposition. D’ailleurs, ça fait trois ans que la direction ne nous propose rien. » Étonnant ? Pas vraiment.

Frédéric est délégué syndical CFTC chez Assystem et il m’explique :« Il n’y a aucune augmentation générale. Tout est individuel et on ne connaît même pas les critères. » Et de me raconter comment Assystem gère sa masse salariale : « Il n’y a pas de politique salariale chez nous !, tranche-t-il. Tout est géré par le turn-over (la rotation du personnel, NDLR). En fait, à part les gros salaires des dirigeants qui restent dans l’entreprise, la masse salariale reste la même une année sur l’autre. » D’après une enquête de l’APEC, le turn-over moyen en SSII était de 15% en 2008. A la même époque, tout secteur confondu , il plafonnait à 8%. C’est là un des nombreux records des SSII.

Comme on manifeste contre la réforme des retraites, je l’interroge dessus. « Les ingénieurs informatiques sont fatalistes, commence-t-il. Ils pensent que la mobilisation ne va pas faire fléchir le gouvernement. Ils regardent plutôt du côté de la retraite par capitalisation car c’est tout ce qu’on leur propose. Il manque clairement une proposition d’alternative dans l’opposition », conclut-il.

Si les ingénieurs informatique ne sont pas mieux traités par leurs directions que de simples ouvriers de production, il reste encore un long chemin pour qu’ils intègrent leur nouveau statut de « cadres ouvriers ».  Un cadre qui finalement n’encadre pas grand chose. Et le salaire me direz-vous ? Là encore il y a des stéréotypes à faire tomber quand on passe « derrière l’écran de la révolution sociale »…

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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Un commentaire pour Les cadres ouvriers ne battent pas en retraite

  1. Frédéric ROUSSEL dit :

    Pour clarifier nos échanges, « le manque d’alternative » de nos politiques concerne le fait qu’à ma connaissance, aucun parti, que je considère comme crédible (hors extrêmes donc), ne prône une remise à plat totale des retraites. J’ai l’impression que l’on propose des « pansements pour une jambe de bois » !!
    Pourquoi les salariés (public, privé, politique et que sait-je encore !) ne cotiseraient-ils pas de la même façon ? N’auraient-ils pas leur retraites calculées de la même façon (et non 6 mois pour les uns, 25 ans pour les autres) ? Pourquoi ne pas arrêter les régimes spéciaux ? Pour la prise en compte de la pénibilité et de la durée de vie, j’ai entendu des solutions à creuser !!
    Bref une alternative constructive !!

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