La propagande de Cap Gemini sur ses ressources humaines

Des ingénieurs de Capgemini sortant de leur entretien individuel avec une bonne nouvelle : encore 0% d'augmentation cette année !

Alors qu’en début de semaine, j’envoyais à mes confrères l’information sur mon premier débat dans la Ville rose (« La révolution sociale en débat à Toulouse »), Cap Gemini Sud-Ouest leur envoyait leur propagande habituelle. Un communiqué de presse qui annonce : « Cap Gemini élue entreprise la plus attractive du Sud-Ouest ». Rien que ça !

Cap Gemini se targue donc d’avoir remporté « la première place du palmarès employeur 2010 ». Organisé par l’Express, Régionsjob et l’Association Nationale des DRH (pour sûr que ça doit être objectif !), ce « palmarès » est le résultat des réponses collectées sur le net. Si le procédé reste douteux -comment savoir si les internautes sont réellement des salariés de Cap Gemini ? –  l’institut de sondages qui a été choisi pour « enquêter » laisse songeur. Il s’agit d’OpinionWay, déjà connu pour avoir réalisé de complaisantes enquêtes pour l’Elysée (« Opinionway : les sondages pour l’Elysée ont un prix »).

Accordons tout de même le bénéfice du doute à ce grand « Palmarès employeurs 2010 ». Et pourquoi donc Cap Gemini a-t-elle reçu le premier prix dans le Sud-Ouest ? Je vous laisse savourer :

« Avec une moyenne de 8,4/10, les salariés et candidats interrogés (sic) saluent la qualité du management, l’engagement en faveur de l’emploi des personnels handicapés, une politique de ressources humaines qui leur confère un appréciable équilibre de vie personnelle et perçoivent l’entreprise comme efficace en matière d’emploi des seniors. »

En clair : travailler chez Cap Gemini, c’est le paradis social sur terre. Le même paradis qui m’a conduit à enquêter sur les conditions de travail en SSII, dont à Cap Gemini Sud-Ouest ! Et, je n’y ai pas trouvé le Jardin d’Eden mais plutôt l’Enfer d’Ernest, du nom de l’actionnaire originel de Cap Gemini : Ernest-Antoine Seillère, chef de file du groupe Wendel et fondateur du Medef (je lui consacrerais bientôt un portrait ici même). Wendel est en quelque sorte l’actionnaire de secours du groupe (cf « Serge Kampf, le président de Capgemini : »Wendel nous a aidés à rester indépendants »)

Je reviendrais ici sur un seul argument du communiqué de presse : la « politique de ressources humaines qui leur confère un appréciable équilibre de vie personnelle« . S’il y a bien un point faible commun à toutes les grandes SSII, c’est bien les ressources humaines (RH). Il faut savoir qu’elles n’ont pas ou peu d’équipe RH en région. Leur politique même de gestion en la matière est bien singulière : les ingénieurs informatique ne sont pas dirigés par d’autres techniciens encore plus compétents, mais par de simples commerciaux. Enfin, dites « manager ». Car, à Cap Gemini, on aime manier l’anglais pour apporter une touche de modernité là où il n’y a que pur archaïsme social.

Vous comprendrez aisément que ce « manager » qui gère son portefeuille d’ingénieurs (c’est le vocable des SSII) n’a pas les compétences technologiques nécessaires pour mettre en adéquation le bon technicien avec le bon projet. Comme ce commercial a aussi droit de vie et de mort sur la carrière de l’ingénieur et qu’il n’est pas rompu à la législation sociale, vous vous doutez bien que les relations sociales sont biaisées. La meilleure preuve est le petit nom que donne les ingénieurs à leurs commerciaux : les « marchands de viande ». Tout est dit !

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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5 commentaires pour La propagande de Cap Gemini sur ses ressources humaines

  1. Le Houelleur dit :

    Je n’irai pas me vanter du bien être à Capgemini mais pour avoir travaillé dans plusieurs SSII, c’est bien une des moins « marchands de viande » où justement les fonctions commerciale et management sont séparées. Certe la fonction RH est bien absente de la gestion de carrière et du processus de négociation des augmentations. Ce dernier est des plus obscure puisque le salarié n’est jamais face au décideur comme dans les autres SSII.

    Par ailleurs la famille Sellière n’est plus actionnaire remarquable du capital CGS depuis longtemps. Cette assertion dans votre article jette un discrédit sur l’ensemble des informations publiées ce qui est dommageable.

    Capgemini comme leader mondiale d’origine française occupe un place particulière sur le marché. Il serait interressant de s’étonné de la place de Cap dans ce classement par rapport à des sociétés où des conventions collectives plus favorables devraient donner un meilleur ressenti aux salariés. Il faut croire que la com réalisé par Capgemini tant auprès des salariés que du marché du travail porte des fruits.

    Salutations

  2. Merci Le Houelleur pour cette rectification et pour cette demande d’exigence à laquelle j’accorde pourtant beaucoup d’importance… en laissant passer quelques bourdes tout de même.

  3. Un DP Sogetien dit :

    Peut etre coté CAP, mais dans la filiale Sogeti, c’est une toute autre histoire… Tous les ans, nous avons le droit à une enquête de « satisfaction » du groupe CAP mais pas d’analyse détaillée en retour…. Pour Sogeti, il en ressort qu’il faut améliorer : le management des collab, l’évolution de carrière et la rémunération (Rappel : A Sogeti, nous avons les plus bas salaires de tout le groupe Cap, même pour les ingénieurs)… mais rien n’est fait pour améliorer les choses… Les entretiens annuels sont du vent (quand ils ont lieu, souvent plus à la demande du collab que de la direction), et pas de définitions d’objectifs en début de mission, ni de bilan en fin de mission pour la majorité des collab…) …

    • En rouge et bleu dit :

      Merci DP Sogetien, c’est exactement la réflexion que je me faisais à la lecture du commentaire de Le Houelleur.
      Si c’est un peu moins, et vous faites bien de préciser un « un peu moins » marchands de viande chez Cap, c’est tout simplement que ce sale boulot est relégué à sa filiale Sogeti.
      Parceque chez Cap il ya les bleus et les rouges, et s’il vous plait on ne mélange pas!
      Chez les bleus on est consultant et chez les rouges on ne sait pas trop, votre propos est d’ailleurs une parfaite illustration de la méconnaissance, voir du mépris que vous accordez à vos collègues de filiale.

      Si il y a bien un domaine ou je vous accorde que Cap semble être leader c’est dans la gestion inhumaine des ressources.

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