Arcelor-Mittal, nouveau gros client des SSII ?

Lakshmi-Mittal : le Petit Père de la métallurgie

La CFE-CGC organisera une grande journée d’action transnationale France/Belgique lundi 25 octobre. La mobilisation des informaticiens vient du projet du groupe métallurgique d’externaliser les centres informatiques. Si c’est une aubaine pour les SSII, le syndicat craint une « dégradation de la qualité de service, (la) diminution de la réactivité, (la) non maîtrise des coûts à moyen terme » (communiqué de la CFE-CGC). Mais au-delà de ces arguments, il se cache un réel coût social : 154 salariés français et 484 salariés en Europe sont sur la sellette.

Dans notre modèle industriel actuel, l’externalisation, en clair la la sous-traitance, est devenu la pierre angulaire de la politique économique des grandes entreprises : abaisser leurs coûts et accroître leur rentabilité. Aujourd’hui, il n’est donc pas rare qu’il y ait un, deux voire trois échelons de sous-traitance !

Derrière ce schéma, il y a forcément de la casse sociale comme avec cet exemple où des salariés d’Arcelor-Mittal voient leurs emplois menacés. Comme je l’ai constaté dans mon enquête qui s’appuie sur Airbus, un informaticien de SSII peut gagner jusqu’à 20% de moins que son collègue airbusien.L’économie est toute trouvée.

Ensuite, par la sous-traitance à outrance – ici ce sont des centres informatiques dans leur ensemble qu’on externalise – c’est faire peser tout un ensemble de chose sur le sous-traitant. D’abord, on lui demande de réduire ses coûts. Airbus a ainsi obligé ses sous-traitants à se regrouper pour réduire la voilure de 20%. On lui demande aussi d’être réactif, politique du flux tendu oblige. Avec ces éléments, le gros client sous-traite donc implicitement toute sa politique de gestion du personnel. C’est notamment pour ça que les SSII ont des politiques de ressources humaines douteuses (cf « La propagande de Cap Gemini sur ses ressources humaines »).

Enfin, comme on le lit dans le communiqué de la CFE-CGC, des emplois sont menacés en France mais aussi en Europe. Un autre sujet inquiétant est donc sous-entendu : l’offshore. Ainsi, pour répondre aux besoins de leurs clients, les SSII ont dû émigrer vers les pays à bas coûts de main d’œuvre. Revenons à Airbus qui veut que 10% de l’activité de ses sous-traitants se fasse en offshore. Les SSII s’appliquent donc : en 2008, Big Blue (groupe IBM) détenait six centres offshore dont les deux derniers employaient 3.000 personnes ; HP-EDS (groupe Hewlett-Packard) comptaient 27.000 personnes dans les pays à bas coûts pendant que Cap Gemini espère avoir 40.000 « collaborateurs offshore » d’ici la fin de l’année. 24% du total des entreprises du groupe se trouvent déjà dans un paradis fiscal…

Arcelor-Mittal, à l’image d’Airbus et de d’autres grands comptes, emploie donc un modèle déjà bien utilisé. Si les informaticiens risquent fortement d’être perdants, Monsieur Mittal, lui, sera ravi. Le nouvel eldorado informatique est son pays d’origine : l’Inde.

Publicités

A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
Cet article, publié dans Le petit monde des grandes SSII, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s