Les étudiants font la leçon aux patrons de SSII


Après le bide devant les étudiants, le Petit Père de Sopra Group range ses arguments douteux bien au fond de sa sacoche à idées

Décidément, le 18 novembre dernier a été LA journée de propagande patronale. Alors que BFM Radio organisait un non-débat autour du livre avec des patrons (cf « Les patrons de SSII confirment les arguments de la révolution sociale »), le Syntec numérique et un directeur de Sopra Group s’invitaient à l’université Paul-Sabatier de Toulouse. Et, les patrons avaient, encore une fois, oubliés leurs arguments à la maison.

« Pour votre carrière dans l’informatique : avez-vous pensé aux Sociétés de Services ? » Voilà ce qu’annoncent les affiches placardées aux alentours de l’amphithéâtre Concorde de l’université Paul-Sabatier. Les étudiants qui sont formés aux métiers du secteur ont donc l’opportunité de découvrir ces entreprises qui « emploient déjà plus de 500 000 personnes et constituent toujours une voie d’entrée privilégiée dans la vie active pour bon
nombre de jeunes diplômés. » Le tract se veut un brin optimiste car, d’après les chiffres d’Unistatis-Pôle Emploi, les SSII représentaient 267 000 emplois à fin 2009. Quant à « la voie d’entrée privilégiée dans la vie active », Patrice Berranger du Syntec numérique et Philippe Tabes, directeur de Sopra Group, vont en donner une vision bien singulière.

38 étudiants sont donc venus écouter le représentant du Syntec numérique qui prend la parole en premier : « Je ne pense pas que le Syntec vous dise grand chose, commence-t-il avant de lâcher : c’est comme une sorte de syndicat. L’objectif, c’est la défense de l’intérêt de la profession pour peser auprès des clients comme Airbus. » Enfin, Patrice Berranger ne leur donne là qu’une partie de l’action du Syntec numérique. Branche du Medef, il a surtout pour mission de défendre ses intérêts auprès des élus par un lobbying continu. Notre homme va tout de même revenir très vite à la réalité en clamant :  » Quand on annonce un super salaire faramineux (sic), ne partez pas la fleur au fusil, prévient-il. N’espérez pas trouver un premier emploi qui corresponde à tous vos critères, continue-t-il en tirant un trait de plume sur « la voie d’entrée privilégiée ». Et il donne des exemples à en décourager plus d’un : « N’espérez pas avoir une réponse dans les trois jours après avoir envoyé votre CV. Et après un entretien, n’attendez pas une réponse rapide. » C’est que le patronat ne s’applique jamais à lui-même ses grands préceptes de réactivité et d’adaptabilité qu’il attend de ses salariés.

Mais la suite est encore mieux ! Alors que Jean Mounet, vice-président de Sopra Group, beuglait sur BFM Radio contre le livre en disant n’être « absolument pas d’accord avec les conclusion qui (en) ont été tirées », son équipe toulousaine va pourtant en confirmer pas mal de points. C’est Marine Monier qui va d’abord prendre la parole. « En charge des relations école à SOPRA GROUP », elle fait un premier aveu de taille : « La DRH est à Paris », dit-elle confirmant une piste du livre : les SSII n’ont pas ou peu de responsables de ressources humaines en local. C’est qu’elles font tout reposer sur leurs commerciaux ! Et, la jeune femme de terminer son intervention par un douteux : « On veut des jeunes mobiles intellectuellement (sic!!!) et physiquement car », et c’est là qu’arrive le second aveu : « vous êtes placés chez le client. » Tiens dont ? Un stagiaire à Sopra Group est donc placé en régie chez le client (procédé illégal rappelons-le) : quid alors de son maître de stage ? Et, comme j’en fait la preuve dans le livre pour d’autres SSII, Sopra Group vendrait-elle des stagiaires à ses clients en tant que techniciens confirmés ? Je ne fais que poser la question.

« Il faut être acteur de votre carrière ! » Celui qui vient de lancer ce lénifiant appel au peuple estudiantin n’est autre que Philippe Tabes, directeur de projet à Sopra Group. Il vient d’ouvrir la séance de question avec l’assistance : « Est-ce qu’on peut faire un stage chez vous au niveau licence ? », tente un premier étudiant. Le Petit Père de la Sopra s’étonne et rappelle : « On investit sur les stages pour les pré-embauches donc on préfère des stagiaires de fin de cursus universitaire. » Il est vrai qu’un stagiaire en « fin de cursus » est tout de suite rentable et peut-être placé chez le client rapidement. Seuls les mauvais esprits diront que la Sopra utilise les stages comme des périodes d’essai pour les éventuelles embauches…

« Et pour la vie quotidienne, comment ça se passe pour les horaires de travail ?« , lance ensuite un effronté. Le représentant du Syntec vient en aide au directeur visiblement courroucé par l’impétueux. Patrice Berranger explique que «ce n’est pas routinier comme travail. Il ne faut donc pas hésiter à rester plus longtemps. » Philippe Tabes reprend la parole à la volée : « Notre composition d’équipe, clame-t-il, c’est 1/3 d’expérimenté, 1/3 d’intermédiaire, 1/3 de débutants et 100% bosseur ! » Il poursuit : « Quand il y a du boulot, on le fait et quand il y en a moins on prend plus de libertés. » Tout le monde attendra en vain la longue liste des-dites libertés. « Il arrive qu’on travaille plus tard le soir », finit-il par avouer avant de conclure, irrité : « Après, il faut savoir ce que vous voulez faire de votre vie ! »

Vous avez donc là un patronat décomplexé qui, en pleine université publique, n’hésite pas à étaler  sa publicité néolibérale mensongère sur un milieu en perdition sociale. Mais, les étudiants ne sont pas dupes et semblent, pour répondre à l’idéologue Philippe Tabes,  avoir une idée précise de ce qu’ils veulent faire de leur vie : certainement pas la gâcher au bureau pour un patron qui n’a de la reconnaissance que pour ses gains de rentabilité. Une belle leçon vient donc de lui être donnée !

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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3 commentaires pour Les étudiants font la leçon aux patrons de SSII

  1. Damien dit :

    « Seuls les mauvais esprits diront que la Sopra utilise les stages comme des périodes d’essai pour les éventuelles embauches… »

    il y a pire, pour certains, c’était « Stage (6 mois)+ Période d’essai (3 mois) + Renouvellement de période d’essai (3 mois) »… Je crois que ça a été réformé récemment et que maintenant la période d’essai est très limité après un stage.

  2. Darky dit :

    Il y a 10 ans j’était en SSII. Si t’es chez un client cool, c’est tout bon. Sinon… Et je confirme pour les stagiaires chez le client, les horaires de merde, les commerciaux sans scrupule. J’ai de quoi écrire 10 bouquins.

    Bref faut plutot voir ça comme de l’interim ou un pis-aller.

  3. Ping : Universités, entreprises : je t’aime, moi non plus… | Ouvertures

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