Quand des « pantouflards » jouent au grand Monopoly des SSII

A l'Assemblée nationale comme dans les conseils d'administration d'entreprises, Thierry Breton est toujours dans ses petits chaussons

Un nouveau mariage vient d’être célébré dans le petit monde des grandes SSII : la française Atos Origin vient de mettre la main sur l’allemande Siemens IT Solutions (la SSII de Siemens). Pas sûr que les salariés soient à la noce…

Le capitalisme, c’est juste une grande partie de Monopoly : de fusion en rachat, il engendre de grands trusts. Et, les SSII ne sont pas en reste. Ainsi, Atos Origin a racheté la SSII de Siemens. Résultat, comme l’explique 01netPro : « 225 millions » de « synergies de coûts générées », une marge opérationnelle espérée entre 7 % et 8 % d’ici 2013 (cf « Atos Origin devient le numéro deux européen de l’infogérance »). Le coût social a, encore une fois, un prix  :  1 750 postes supprimés chez Siemens.

C’est que dans ce grand Monopoly, ceux qui décident ne sont jamais ceux qui subissent. Et notre élite patronale informatique en sait quelque chose. Mais, c’est inquiétant quand les dirigeants passent du public au privé sans aucun problème. Et, dans l’histoire des SSII, le rapprochement semble privilégié. Ainsi, comme je le rappelle dans le livre (Chapitre III – « Quatre lettres à la conquête de la planète »), ceux qui ont fondé, dans les années 1960, les Sociétés de Conseils en Informatique (SCI), sortaient tout droit de l’Ecole Polytechnique. Leur formation publique, financée avec des fonds publics, avait comme leitmotiv : « former des hommes et des femmes capables de concevoir et de mener des activités complexes et innovantes au plus haut niveau mondial. »

Certes, beaucoup d’entre eux qui ont plongé dans l’informatique ont réussi le pari mais pour leur seul bonheur. Car, dans les années 1980, ils sont devenus de vrais capitaines d’industries avec les salaires qui vont avec. Et leur foi dans la force publique pour le bien de leur pays n’est plus qu’un lointain souvenir.

Côté mélange privé/public, le patron d’Atos Origin n’a de leçon à recevoir de personne. C’est même devenu un vrai pro’ du « pantouflage », qui consiste à passer la ligne jaune des ministères aux directions d’entreprises sans états d’âme. De CGI, à Bull en passant par France-Telecom ou Thomson, Thierry la Pantoufle traîne ses chaussons dorés au ministère de l’Education en tant que conseiller ou encore en tant que Ministre des Finances dans le gouvernement Raffarin. C’est après ce passage qu’il prend la tête d’Atos Origin, où il ne semble pas à la hauteur de son parcours : “ On attendait des mesures décisives et ambitieuses de la part d’un homme qui a eu des responsabilités importantes à la tête de l’Etat et de grandes entreprises », se plaint Brice François Thébaud, de chez Aurel BGC Partners, au magazine 01netPro (cf « Atos Origin : le plan Breton laisse un goût de trop peu. »)

C’est aussi Thierry Breton qui, en bon petit soldat, applique des méthodes de travail douteuses. Comme en 2009 où il a lancé son plan « Jeunes Talents 2009 » qui a évoqué ce titre au Monde Informatique : « La réduction des coûts chez Atos passe par le recrutement… de stagiaires ». Espérons qu’il était plus légaliste au Ministère des Finances…

La même année, l’ancien ministre confie au Figaro que les vingt programmes qu’il a lancés pour « réorganiser la société (…) ont pour objectif de nous (Atos Origin, NDLR) situer au meilleur niveau en termes de profitabilité dans les deux à trois ans », avant de lancer : « Atos a tout en main pour maîtriser son destin. » Et de si belles pantoufles aux pieds.


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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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Un commentaire pour Quand des « pantouflards » jouent au grand Monopoly des SSII

  1. Lormier dit :

    Et le livre est-il de nouveau disponible dans les librairies?

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