La bibliothèque de la révolution sociale : la dette publique

« Les caisses sont vides », clamait Sarkozy en 2008 lors de sa conférence de presse de début d’année. Il nous l’a jouait bon père de famille qui allait gérer la France comme il le ferait de son foyer. Son but ? Réduire la fameuse dette publique ! Mais, une fois encore, il prenait ses concitoyens pour des ânes. Un livre remet les points sur les i de l’économie : le « Manifeste d’économistes atterrés ».

Philippe Askenazy du CNRS, Thomas Coutrot du Conseil scientifique d’Attac, André Orléan du CNRS et de l’EHESS et Henri Sterdyniak de l’OFCE sont les auteurs de ce manifeste déjà signés par 630 économistes, atterrés par la tournure de l’économie. S’appuyant sur « 10 fausses évidences », ils proposent « 22 mesures pour sortir de l’impasse ».

L’une de ces fausses évidences est « l’envolée des dettes publiques » qui résulterait « d’un excès de dépenses ». D’abord, pour contrer les propos des chefs de l’État tels Nicolas Sarkozy, ils reviennent à la base de l’économie : « la dynamique de la dette publique n’a pas grand chose à voir avec celle d’un ménage », rappellent les auteurs. « La macroéconomie n’est pas réductible à l’économie domestique », assènent-ils.

Ainsi, la hausse des dettes publiques en Europe n’a pas grand chose à voir avec une hausse des dépenses publiques. C’est surtout un problème de recettes publiques ! Ajoutez à cela « la faiblesse de la croissance économique sur la période » et « la contre-révolution fiscale menée par la plupart des gouvernements depuis vingt-cinq ans », vous obtenez un creusement de la dette publique.

Les auteurs prennent un cas d’école : la France. S’appuyant sur un rapport parlementaire, en 2010, « le coût des baisses d’impôts consenties entre 2000 et 2010 » s’élèvent à… 100 milliards d’euros ! Sachant que dans ces 100 milliards, il ne figure pas les 30 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales et autres « dépenses fiscales » sur l’année.

Les économistes atterrés démontent ensuite l’engrenage qui résulte de la non harmonisation fiscale en Europe : « les États européens se sont livrés à la concurrence fiscale, baissant les impôts sur les sociétés, les hauts revenus et les patrimoines. »

Alors que les acquis sociaux reculent au non de la dette publique, que les négociations annuelles obligatoires (NAO) sont engagées dans la plupart des entreprises de ce pays, ce manifeste est un concentré d’arguments contre la culpabilisation générale des citoyens. Ce ne sont pas leurs acquis qui coûtent chers mais les exonérations des puissants !

« Manifeste d’économistes atterrés » – Edition Les Liens qui Libèrent – 5,50€

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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4 commentaires pour La bibliothèque de la révolution sociale : la dette publique

  1. Fred dit :

    Merci pour cette info, j’achète ce livre dès que possible.
    Mais il me manque quelque chose, un sujet qui ne semble pas abordé dans cet ouvrage. Je veux parler de la taxation des marchés financiers. Je sais que ce n’est pas l’objet direct de ce livre, mais c’est devenu pour moi à mon sens un sujet essentiel. J’aimerais connaître l’avis d’économistes sur les impacts de mesures consistant à taxer – sérieusement – les échanges réalisés dans un marché financier mondial totalement deconnecté du bien commun. S’il y a une révolution à faire c’est bien celle-là. Sur ce thème, certains tenants du capitalisme financier répondent que l’on va faire fuir les investisseurs du pays. Mélenchon répond : « qu’ils partent : au revoir ! ». Mais de manière systémique, quel serait le corollaire au retrait d’investisseurs financiers en France ?
    Bien entendu, si je prône une telle réforme, il faut dès à présent se battre pour que ce paradigme soit porté à l’échelle mondiale, ce qui est certes une autre paire de manches. Mais il faut se battre pour une telle proposition, qui me semble concrète et loin de considérations subjectives. Taxer les marchés financiers permettrait de résoudre nombre de problèmes dans le monde sans remettre en cause le marché, contre lequel je ne suis pas opposé dans la mesure où il est sérieusement régulé. Et puis cela permettrait de freiner la spéculation, ce qui était l’objectif principal de Tobin lorsqu’il a proposé son modèle.
    Il faudrait légiférer et pénaliser : interdire strictement toute spéculation directement nocive sur les peuples, comme la spéculation sur la Grèce ou sur les matières premières. Lorsqu’on tue quelqu’un, on prend 20 ans ou perpetuité. Combien de malheureux sont morts dans les pays pauvres de n’avoir plus pu payer leur riz dont le prix a flambé sous l’action scélérate des traders ? Et quelle condamnation pénale leur a t-il été infligée ? Monde terrible.

    • Le livre contient une critique sur plusieurs facettes de l’économie. Je n’ai pris ici que l’exemple de la dette publique mais plusieurs pistes sont détaillées et la taxation des flux financiers est fait partie.

  2. Fred dit :

    ah très bien. grosso modo quelles sont leurs conclusions ?

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