En SSII, les vieux schémas d’organisation du travail perdurent

Dans le temps, derrière leurs machines outils. Aujourd'hui, derrière leurs ordinateurs. L'organisation du travail n'a finalement pas beaucoup évoluée en deux siècles.

« Pourquoi dans votre livre vous faites le parallèle avec l’automobile ? Les SSII appliquent-elles le même modèle ? », voilà ce que me demandait hier un confrère qui m’interviewait en vue d’un  article sur le livre. C’est que l’automobile a déjà mis en place depuis très longtemps le système de sous-traitance à outrance. Et les organisations de travail qui vont avec. La question pertinente de mon confrère appelle une seconde réponse : derrière le discours drapé de modernité des directions d’entreprises et de leur chambre professionnelle, le Syntec numérique, c’est en fait de vieux principes industriels qui sont appliqués derrière ce qui s’appelle le lean management.

L’automobile reste un bon exemple pour comprendre le monde industriel actuel : les constructeurs ont laissé filé leur matière grise et leur développement chez leurs sous-traitants se contentant, finalement, d’assembler les voitures. On retrouve la même chose chez Airbus : avec 20% de réduction des coûts, l’avionneur européen a demandé à ses sous-traitants de se regrouper. C’est sur eux que repose la stratégie et le développement des avions. Et Airbus en est de plus en plus réduit à les assembler.

C’est là, l’aboutissement d’une logique industrielle qui a connu le taylorisme qui permet le rendement maximum et le fordisme symbolisé par le travail à la chaîne. Aujourd’hui, les SSII appliquent le lean management, la déclinaison managériale du lean production venu tout droit de… l’automobile ! Lean en anglais, ça veut dire maigre. Donc le lean management « vise à éliminer de la production toutes les tâches inutiles et sans valeur ajoutée », explique le numéro de Management de janvier 2011.

En clair, on analyse toutes les tâches et attributions des salariés pour voir là on l’on peut éliminer ce qu’on considère comme superflu. Et, c’est au nom du progrès que les entreprises le mettent en place. Par exemple, « Chez PSA Peugeot Citroën, les réunions, c’est debout ! », s’enthousiasme le magazine des managers. Le groupe automobile ne s’embête effectivement plus de chaises ni de tables pour les réunions de ses cadres : un tableau où est punaisé l’ordre du jour suffit. On cherche encore le progrès…

Le lean management, c’est donc la poursuite de la compression du salarié : tous ses faits et gestes sont analysés pour être fragmentés et rentabilisés. Derrière leurs beaux discours d’élaboration collaborative et d’épanouissement au travail, les dirigeants restent sur leur vieux principe d’organisation du travail qui nie l’être humain au seul profit de la rentabilité.

 

 

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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5 commentaires pour En SSII, les vieux schémas d’organisation du travail perdurent

  1. Oaz dit :

    Pas très crédible ce billet. La définition du lean management est à revoir…

    Un conseil de lecture : « L’informatique conviviale » de Pierre Piezzardi
    http://informatique-conviviale.eyrolles.com/

  2. Que le lean, tout comme l’agilité, ait une origine vertueuse n’empêche malheureusement pas qu’il soit dévoyé par des grands groupes. C’est là aussi la force de ce système qui récupère à son compte la moindre initiative qui peut être porteuse de modèle alternatif. En ce qui concerne Pierre Piezzardi, je ne lui ferais aucun procès d’intention. Mais en tant que DSI de la Bred Banque Populaire et en tant qu' »aide [aux] grands groupes et administrations françaises [pour] se transformer grâce aux Technologies de l’Information », dixit son profil Viadeo (http://www.viadeo.com/fr/profile/pierre.pezziardi), j’espère vraiment que ses salariés évoluent dans une ambiance de franche convivialité et que, contrairement à PSA, qu’ils ont des chaises et des tables pour leurs réunions…

  3. Antoine dit :

    Que le lean, tout comme l’agilité, ait une origine vertueuse n’empêche malheureusement pas qu’il soit dévoyé par des grands groupes.

    ah ah, vous avez mis le doigt dessus. Contrairement à ce que peut laisser penser votre article, ce n’est pas le lean qui est en cause. Le problème ce que certains ont des pratiques plus que douteuses, et cachent ça derrière un mot à la mode que personne ne comprend, le lean.
    Sauf que l’un des aspects fondamentaux du lean, management ou production, c’est avant tout le respect de la personne. Du lean sans cette dominante humaine et sociale, n’est tout simplement pas du lean.
    Donc plutôt que de dire le « lean c’est mal » (oui, je schématise :p), mettons l’accent sur les pratiques douteuses et rappelons qu’elles sont bien loin des principes du lean.

  4. LECOMTE Vincent dit :

    Je tiens également réagir face à cette accusation sans aucun sens :
    je cite « Le lean management, c’est donc la poursuite de la compression du salarié »

    Il y avait déjà eu un raccourci similaire sur la page « A propos » accusant les principes du LEAN. Ce n’est pas parce que je me tape sur le doigt avec mon marteau qu’il faut conclure que le marteau est un outil fait pour se taper sur les doigts !!!

    Le LEAN donne des bonnes pratiques d’organisation qui doivent être mises en place de manière équilibrée. Malheureusement, la plupart des organisations ne prennent que les parties faciles à déployer et rentables immédiatement.
    Pour continuer dans les allégories, si vous ne mettez que 3 roues à une voiture faite pour en avoir 4, il y a de fortes chances de se prendre un mur…

    Quant à la suppression des chaises aux réunions, il faut arrêter encore de tout extrapoler. Ce principe est mis en avant pour des réunions quotidiennes nécessaires à une communication efficace et rapide. Ce sont des réunions de 5 min max et représente le premier niveau de signalement de tout problème. Ces réunions ‘expresses’ doivent doivent permettre de traiter au plus vite tout problème survenant.
    Mais pour que cela fonctionne, il faut ensuite traiter les problèmes soulevés dans des réunions plus approfondies avec les personnes requises qui ce coup-ci seront assises voire même debout devant un tableau blanc… et ce ne sera pas une punition, je précise…

  5. Merci de me citer. Si je puis apporter un complément, effectivement le lean n’est qu’un système de management qui vise à éliminer les gaspillages en laissant de l’autonomie (et donc du temps) aux opérationnels pour le faire. Quand le but de l’entreprise est focalisé sur des performances de bénéfices à court terme, ces effets peuvent être dévastateur :
    http://informatique-conviviale.eyrolles.com/2010/01/chapitre-7-le-new-deal/?paragraph=13#13
    Les salariés de PSA n’ont plus de chaise, ceux de Toyota n’ont plus de poste … Le lean s’accomode donc mal de l’absence d’un pacte social plus long terme « supprimez votre poste, vous êtes promu » (ex. : maintenant que nous avons gagné 20% de productivité, nos tâches ne nous occupent qu’à 80%, on va nous mettre au chômage technique ?) … hope it helps. PP

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