La presse toulousaine chahute le petit-déjeuner de Capgemini

Les Pipo et Mario de Capgemini tentent d'enfumer la presse toulousaine

Ce matin, à 9h00, Capgemini Sud organisait une conférence de presse pour que soit relayée sa propagande sur les 400 embauches en 2011. La presse toulousaine qui connaît dorénavant bien le petit milieu des SSII a taquiné les dirigeants du groupe brouillant quelque peu leur message.

Rendez-vous était donc donné ce matin à 9h dans une chic brasserie toulousaine. La table du petit-déj’ était dressée : croissants, pains au raisins, café, thé, jus d’orange ; Capgemini sait prendre soin des journalistes.

Walter Cappilati, directeur exécutif aérospatial et défense, en est le maître de cérémonie assisté par le discret responsable des ressources humaines, Jean-Claude Mouhat. Nous nous installons devant des assiettes où trône un dossier de presse : « Mon job, ma vie ». Tout un programme !

L’ami Walter commence par lire ses fiches où est noté en vrac : « notre chiffre d’affaires est en hausse de 4% en 2010 » ; « nous avons 1 600 collaborateurs (sic) à Toulouse » ; « nous avons recrutés 204 personnes en 2010 » ; « les types de profil, c’est 1/3 de jeunes embauchés, 1/3 de consultants qui ont 3 à 5 années d’expérience et 1/3 de consultants très expérimentés ». Son comparse Jean-Claude prend son élan : « Notre objectif de recrutement est très très ambitieux. » JC n’est pas « très, très » à l’aise dans l’exercice mais il est bavard. Il avoue ainsi mener des « partenariats avec des grandes écoles et l’université pour amender les cursus et accompagner les formations. » Walter reprend la balle au bond : « oui, c’est pour mettre en adéquation les besoins du marché et les formations. » Des formations Made in Capgemini, ça fait rêver !

Embauche bidon

Arrive la traditionnelle séance de questions. Et ça va fuser ! « Quel est le coût pour Capgemini de ces partenariats avec les écoles ? », tente un premier journaliste. Les deux compères bottent en touche en admettant que « c’est une bonne question ». Et les « bonnes questions s ‘enchaînent. « Quel est le turn-over chez vous ? » « 11% ! », lance Walter. « Donc, vous n’embaucherez pas 400 personnes nettes car une partie n’est que du remplacement de personnel ? » La question qui balaie des milliers d’euros de marketing. Les Pipo et Mario de la SSII enfument le débat avant d’avouer que « 120 personnes partiront cette année » et que « 50 stagiaires seront recrutés en CDI. » Rien qu’avec ça, on tombe à 230 embauches. Bien loin des 400 claironnées toute la matinée.

Capgemini recrute surtout en Inde

Capgemini sous-traite notamment des contrats Airbus, un client qui demande qu’une partie de ses activités se passe en Inde. Walter ne se démonte pas : « Nous avons effectivement 30 000 salariés en Inde. » Alors, quelle pérennité pour les 230 futurs embauchés ? Walter manie la langue de bois comme personne : « favoriser les meilleures compétences d’un pays, ça nous permet de continuer à assurer cette croissance en local », explique-t-il avant de lancer un lénifiant : « La compétition d’aujourd’hui est une compétition mondiale ! »

Des ressources pas très humaines

Le talon d’Achille des SSII reste leurs ressources humaines quasi inexistante. Jean-Claude Mouhat le confirme : « nous sommes 8 personnes sur Toulouse ». Un peu léger pour gérer 1 600 personnes. « Non, assure JC, on est là pour leur donner les outils de méthode et de gestion avec lesquels ils vont pouvoir gérer leur carrière. » L’autogestion chez Capgemini, il fallait oser ! Je me lance : « Dans vos projets, vous êtes à quel pourcentage de mise en régie et de forfaits ? » Walter hésite. Je l’aide un peu : « parce que la mise en régie, c’est totalement illégale ». « On ne fait pas de chose illégale à Capgemini », assure-t-il. « On accompagne nos clients sur des livrables. » Tous les salariés placés en régie chez Capgemini apprécieront la légalité des propos de leur patron.

Maxi embauche pour mini salaire

« Quelle a été l’augmentation moyenne des salaires l’année dernière ? » Ma question les rend d’un coup moins bavard. J’insiste : « Non, parce que votre Président M. Kampf gagne plus de deux millions d’euros à l’année quand même… » Rire jaune général de Pipo et Mario et des attachées de presse. Dans le mille ! « Je ne commenterai pas les salaires des dirigeants », conclu Walter qui ne répondra même pas à la question. JC avouera seulement que les salaires d’embauche vont de 30 000 à 37 000 euros par an. Soit entre 2 500 et 3 083 euros bruts par mois. pour cinq ans d’études.

Ce matin donc Capgemini Sud offrait encore une vulgaire campagne de propagande qui vise surtout à récolter un maximum de profils et qui cache surtout un renouvellement hallucinant de personnel. « Mon job, ma vie », oui mais certainement pas chez Capgemini.

Aller plus loin : « La propagande de Capgemini sur ses ressources humaines »

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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11 commentaires pour La presse toulousaine chahute le petit-déjeuner de Capgemini

  1. Luddo dit :

    Article nickel, j’aurais bien aimé voir la tête de Pipo et Mario. Beau boulot!!!

  2. Un gars dit :

    « parce que la mise en régie, c’est totalement illégale » ? C’est à dire ?

    • Les SSII sont basées sur une dérogation fondamentale du Code du Travail avec la mise en régie. Ce n’est ni plus ni moins que du prêt de main d’œuvre qui n’est légal que dans le seul cadre de l’intérim.
      Un contrat de sous-traitance n’a pas du tout le même objet que l’intérim !!! Tout est largement argumenté dans le livre et je vous renvoie aux nombreux problèmes de délits de marchandage en SSII.

  3. Vilain petit canard dit :

    Excellent article quoi que le ton serve grandement les détracteurs.
    Un bel exemple de ‘pipo’tron…

  4. Un capgeminien dit :

    Négociez bien votre salaire d’embauche, parce qu’après, malgré les évolutions et les « bonnes notes » celui-ci peine à suivre l’inflation, et vous aurez tôt fait d’être moins bien payé qu’un jeune diplômé sortant de l’école! Et comme « Nous, on ne retient personne » (dixit un manager), le turn over est facile à comprendre…

    En revanche il y a plutôt une bonne ambiance (en tout cas pour les « collaborateurs » qui en sont pas en régie!) et des projets très intéressants.

  5. Un DP Sogetien dit :

    Bonjour,
    Merci pour cette article qui montre bien les mensonges du Groupe Cap…. A part, les dirigeants qui s’en mettent pleins les poches, ainsi que les gros actionnaires, CAP se vante de faire du bénéfice malgré la crise… et ceci grâce à nous, les collaborateurs de CAP et de toutes ses filiales… et pour quelle reconnaissance… aucune et surtout pas au niveau salaire et évolution de carrière… (cf le fichier CED reçu par 300 collab : http://www.lemagit.fr/article/securite-capgemini-sogeti-fuite-donnees-email/8109/1/sogeti-les-evaluations-drh-exposees-aux-yeux-300-salaries) …nous sommes des kleenex… que le groupe utilise et jette… Sur le plan managérial, c’est une catastrophe, et de plus en plus de collaborateurs sont en stress voir en arrêt de travail pour dépression, à cause des commerciaux et managers… Même dans nos rôles de DP pour défendre les salariés et faire respecter les lois, accords et notes de services, nous ne sommes même pas épaulé par les médecins du travail et l’inspection du travail… Dans quel monde vie t- on ?

  6. Nicolas dit :

    « Airbus, un client qui demande qu’une partie de ses activités se passe en Inde »

    Pour quelle raison ?

  7. @Nicolas : dans le cadre de sa politique industrielle, Airbus demande à ses sous-traitants d’effectuer une partie du contrat en off-shore, l’Inde en l’occurrence. Au départ, 10% d’off-shore est demandé puis 15%, 20%, etc.

  8. Nicolas dit :

    D’où ma question.

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