Accenture convertit ses salariés à la foi patronale

Christian Nibourel, président d'Accenture France, en habit traditionnel de moine-soldat : un austère costume-cravate

Dans son numéro de février 2011, le magazine Management a réalisé un reportage sur : « Accenture : des moines-soldats au service du conseil ». Le journaliste décrit l’hallucinante gestion des ressources humaines : les méthodes industrielles appliquées au conseil. Sans oublier la formation des esprits à la religion patronale.

Qualifier les salariés de la SSII Accenture de « moines-soldats », il fallait oser. Management l’a fait. Sachant qu’au Moyen-âge, les moines-soldats étaient  des combattants de la foi chrétienne qui se sont largement illustrés lors des croisades. Dans les locaux d’Accenture, les salariés y défendent, sûrement sans s’en rendre compte, la foi patronale qui veut que chaque « collaborateur » est interchangeable et doit poser genoux à terre devant le sacro-saint manager.

Si le patron mondial a son propre bureau, les autres salariés subissent la politique du « free-desk »« les bureaux sont à tout le monde… donc à personne », constate le magazine qui veut « bien vivre son job ». Sur quatre étages, s’étale un immense open-space où il semble possible de travailler un peu partout. Les salariés ont juste des « spot storages », « des sortes de casiers de piscine » où peut se loger un PC portable et quelques dossiers.

Les 5 000 salariés français, sur les 20 000 que comptent le groupe, ont un document de référence : « l’Accentury Delivery Methods », véritable bible qui normalise les moindres faits et gestes des process. Si on peut trouver des arguments à ce qu’une multinationale rationalise ses équipes, l’état d’esprit qui y réside est plus inquiétant.

« Il n’y a pas d’horaires officiels, mais arriver après 8h30 et repartir avant 21h30 est perçu comme un signe de démotivation, assure un junior. Et quand il faut terminer un projet, il n’est pas rare d’enchaîner les nocturnes et les week-end de boulot », a recueilli le journaliste. En clair, à lire ce « junior », Accenture n’assure pas le minimum légal envers ses salariés. L’employeur doit effectivement tout mettre en œuvre pour le bien être de ses salariés et ne pas cautionner des agissements tels faire des journées de plus de dix heures et « enchaîner les nocturnes et les week-end de boulots ». Ce qui semble être mis en place à Accenture est du même tonneau que les sempiternels mensonges sur le fait qu’un cadre ne devrait pas compter ses heures.

Avec ce rythme de travail, il ne faut donc pas s’étonner du turn-over énorme : jusqu’à 18%  à Accenture alors qu’il est de 15% en SSII et 8% dans l’ensemble du monde du travail. Rien d’étonnant aussi à ce que l’entreprise préfère les jeunes, plus malléables : « Notre politique de recrutement est très ciblée, avec 50 à 60% de jeunes diplômés (…), indique Myriam Couillaud, la DRH ».

Accenture semble enfin mettre un point d’honneur à formater les esprits. Ainsi, la direction a élaboré un vocable spécifique à l’entreprise ( « scheduling » pour constitution d’une équipe, « banding » pour classement annuel, « staffing » pour affectation à une mission). Le témoignage d’un « jeune accenturien » donne aussi la mesure du phénomène : « Mais il y a aussi des règles tacites qu’on apprend par soi-même (…) il faut porter des costumes de marque, marcher vite et droit dans les couloirs, ne pas boire affalé dans un fauteuil et, surtout, ne jamais se plaindre… »

Management décrit l’application de l’idéologie patronale à son paroxysme où le salarié doit se dévouer totalement à son entreprise. Une gestion des ressources humaines bien singulière et quelque peut sectaire à en croire l’analogie faite avec les moines-soldats.

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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5 commentaires pour Accenture convertit ses salariés à la foi patronale

  1. LE DISEZ dit :

    Ben oui, pour nos « employeurs » passés à la vitesse supérieure…rien de plus normal !!!
    Tu es une marchandise, ils faut compatir sur le fait de la difficulté que subisse nos entrepreneurs, à gérer cette « marchandise ».
    « l’homme à fini par marcher sur les pieds, alors il évolue, il marche sur la tête. Robert Koumir 2007 »
    Eric

  2. Rappelons que M. Pierre NANTERME est aussi le président de la Fédération SYNTEC…

  3. Fred dit :

    Eh ben, c’est pas très « banding » tout ça …quelle horreur !
    Idéologie patronale ? Idéologie du marché dérégulé, oui ! Il y a bien longtemps que ce genre de patron, inféodé à ses propres stock-options et dividendes, se fait laquais de l’actionnariat et de la bourse, plutôt que capitaine de vaisseau.

  4. Ping : El drama profesional del SXXI: precariedad directiva y organizacional « SUPERVIVENCIA DIRECTIVA |sólo el cambio permanece

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