U.I.M.M. et Syntec numérique multiplient les foires au boulot

L'UIMM reste ancré au XIXème siècle avec sa foire au boulot

Le puissant syndicat patronal l’UIMM (Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie) clôt sa « Semaine de l’Industrie ». A Toulouse, il a installé un barnum sur la Place du Capitole car « l’industrie et ses métiers » sont « au coeur de votre ville, au coeur de votre avenir ! » jure la propagande officielle sur des tracts bleu ciel. Tout comme les métiers du numérique, l’industrie tente de redorer son image. Reportage.

Après le secteur informatique où les SSII ont multiplié ces derniers temps une communication outrancière sur d’énormes plans de recrutement bidons, c’est au tour de la traditionnelle industrie d’attirer les jeunes avec sa « Semaine de l’Industrie ». L’organisateur est l’UIMM, la principale branche du patronat français qui a notamment compté dans ses rangs l’énigmatique Ernest-Antoine Seillère. L’UIMM tente de redorer son blason en communiquant sur ses métiers. Il est vrai que ces dernières années, le syndicat du Medef était plus connu pour son affaire dite de la « caisse noire de l’UIMM ». Petit rappel : des retraits suspects en liquide ont été effectués à la demande de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), l’ancien patron de l’UIMM. Une caisse qui compterait prêt de 600 millions d’euros pour « fluidifier les relations sociales » comme l’avait expliquer DGS.

Du même sang

Quel lien alors avec le Syntec numérique ? D’abord la méthode : mieux communiquer sur les métiers pour cacher la déchéance sociale du secteur. Ensuite, le Syntec est, en quelque sorte, le petit frère de l’UIMM : les métiers de l’informatique relevaient historiquement de la métallurgie. Les entreprises de l’UIMM sont aussi les clientes de celles du Syntec numérique. Enfin, les deux syndicats jouent des coudes pour prendre le pouvoir au sein du Medef. Ceci posé, entrons dans le beau monde de l’industrie à la sauce UIMM.

Un métier au menu

Le topo : j’ai trente ans et après dix ans d’expérience dans l’associatif, je veux me réorienter pour avoir un vrai métier dans les mains et être sûr de travailler. « Pas de problème, me répond un jeune homme badgé UIMM. Vous regardez nos fiches métiers et choisissez ceux susceptibles de vous intéresser. Après, vous allez voir les écoles présentes pour parler aux formateurs et vous revenez vers nous. » Pendant que, comme au restaurant, je fais mon menu professionnel, un animateur lance au micro : « l’industrie a besoin de vous ! » Il anime un jeu vidéo où les jeunes doivent faire preuve de dextérité dans un exercice de soudure. « Il y a des Ipod Shuffle à gagner !!! », continue de bramer le joyeux drille.

L’UIMM ne parle pas salaires

J’ai choisi trois métiers : ajusteur monteur cellules avions, technicien froid et climatisation et chaudronnier. Mes cartes en main, je vais me présenter à l’espace du centre de formation des apprentis où une formatrice m’explique que je devrais « tout reprendre à zéro » : bac pro puis BTS en alternance. Je retourne donc au « rond-point de l’information » pour voir mes précieux conseillers d’orientation de l’UIMM. Une petite dame brune aux lunettes colorées me demande :

– Vous êtes manuel ?

– Pas trop, que je lui répond.

– Ah, c’est dommage ! Il faudrait revenir demain car Pôle-Emploi fait un atelier avec des pièces détachées pour tester votre dextérité et évaluer si vous êtes manuel ou pas.

Du vrai professionnalisme : jouer au Duplo amélioré pour être recruté !

Je continue :

– J’ai bien lu vos fiches métiers, il y a tout : les compétences requises, l’environnement de travail, etc.. Tout sauf le salaire du poste…

– Ah ! (elle ne semble pas contente) Voyez avec Pôle-Emploi. Vous regardez leurs annonces correspondants aux métiers que vous avez choisi et ça vous donnera une idée.

Drôle de méthode pour connaître le salaire, alors j’insiste :

– Vous ne savez pas ? Il n’y a pas de convention collective avec une grille des salaires ?

Cette fois, elle n’est vraiment pas contente :

– C’est le Smic plus 15%. Mais au début, sans expérience, c’est pas élevé ! Venez, je vais vous emmener voir un chef d’entreprise.

Elle refile la patate chaude à un responsable de CEE, une PME spécialisée dans l’électroérosion : « c’est le même système que le fil à couper le beurre », m’explique le responsable. Mais quand je parle salaire, il se vexe aussi :

– C’est 1 300 à 1 400 euros !, me dit-il

– C’est le Smic quoi, que je lui répond.

– Ah non ! C’est plus !

Cette fois il est vraiment vexé et ne semble visiblement pas savoir qu’il paie ses salariés quasiment au Smic (1 365 euros brut par mois depuis janvier 2011).

Pôle-Emploi lucide

Dans la chaleur épuisante, perdu au beau milieu de cette jungle patronale qui ressemble plus à un foire au boulot, je vais voir le stand Pôle-Emploi. J’explique ma situation aux deux agents et leur dit que je suis intéressé par leur atelier « manuel » :

– Ce n’est pas un atelier, c’est juste une présentation, me répond le premier.

– Après il faudra prendre rendez-vous avec nous pour passer ce test utilisé par les patrons pour les embauches, poursuit le second.

– Et avec ce test, je saurai vraiment si je suis manuel ou pas ?

– Écoutez, reprend le premier, les entreprises se fichent de vos qualifications. Elles veulent juste savoir si vous avez le profil pour faire leur métier, si vous en êtes simplement capable. Vous passez le test et s’il est concluant ils vous embauchent et vous formeront eux-mêmes !

Voilà donc la vraie vision de l’industrie « au cœur de votre ville, au cœur de votre avenir ». Tout comme le Syntec numérique, l’UIMM fait une débauche de communication autour de ses métiers pour mieux cacher la dégradation des conditions de travail ou encore, mal de notre époque, les plans sociaux en série où le salarié est jetable. On a beau être au XXIème siècle, le Syntec et l’UIMM gardent leurs vieux réflexes et pensent toujours comme au XIXème.

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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Un commentaire pour U.I.M.M. et Syntec numérique multiplient les foires au boulot

  1. lavergne dit :

    excellent, merci d’avoir supporté pour nous cette humiliante kermesse;
    instructif et tellement vrai..

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