Altran : une SSII à la dérive

L'E.T. d'Altran - L'extraterrestre Yves de Chaisemartin, PDG d'Altran, veut "rester maison" alors que son principal actionnaire le pousse à la porte

Avec le printemps, il n’y a pas que les arbres qui bourgeonnent. Le monde économique voit fleurir les rapports annuels des entreprises. Les SSII ont déjà commencé à les publier. Une occasion en or pour décrypter leur politique. Altran ouvre le bal avec un PDG qui devient un peu trop encombrant…

« Forte progression du résultat opérationnel courant 2010 (69,1 millions d’euros) » et « Amélioration significative, et au-delà des attentes, de la marge opérationnelle sur le 2e semestre (7,1 % du chiffre d’affaires) », s’enflamme la direction d’Altran dans son « Document de référence 2010 ». Un bémol tout de même : « Poursuite de la réduction des coûts indirects », en même temps on a rien sans rien. Si le chiffre d’affaires a augmenté de 2,3% en 2010 par rapport à 2009, la situation est délicate avec une perte de 26 millions d’euros du résultat net.

Les dirigeants d’Altran ont les jetons…

Enfin tout n’est pas perdu pour tout le monde. Alors qu’Altran, à l’image de nombreuses SSII cette année, freinait à augmenter ses salariés, la classe dirigeante se gave à loisirs. Ainsi, au chapitre « Jetons de présence et autres rémunérations perçus par les mandataires sociaux non dirigeants », nous apprenons que cinq administrateurs ont reçu au total 280 000€ en 2010, soit 56 000€ en moyenne chacun. Les salariés se contenteront eux d’une modeste « participation aux résultats » : 1,4 million d’euros répartis dans le groupe au titre de 2010. Il y a dix ans, ils se partageaient 7,7 millions d’euros. Mais, cela fait des années que les 5 000 salariés d’Altran Technologies n’ont rien vu venir. Côté partage de la valeur ajoutée, Altran a encore de gros efforts à faire.

Yves de Chaisemartin aura été plus chanceux. Le PDG a ainsi touché 360 000€ de rémunération fixe en 2010 et 351 080€ de variable qui lui ont été versés en 2011. Le Comité des nominations et des rémunérations a décidé de lui allouer, au titre de 2011, « 700 000€ à objectifs atteints, dont 360 000 euros de rémunération fixe ». Enfin, s’il termine son mandat.

Car, il est plus proche de la porte que du trône doré. « Yves de Chaisemartin n’ira pas au bout de son mandat de PDG d’Altran, qui courait jusqu’à l’AG de 2012 », nous apprend l’AGEFI. Apax, l’actionnaire principal, souhaite effectivement le remplacer. Mais papy fait de la résistance et « refuse de démissionner » assure l’Usine Nouvelle. Son passé l’aurait-il rattrapé ? Yves de Chaisemartin trempe en effet dans une affaire de « dessous-de-table lié à la vente du siège de France-Soir », explique Libération. Un magot de 13 millions d’euros a été mis à l’abri au Liechtenstein. L’ami Yves officiait à l’époque comme bras droit de Robert Hersan à la Socpress, alors propriétaire du Figaro et de France-Soir. En avril 2009, Yves a été condamné en première instance par le Tribunal de Grande Instance de Paris à 2 ans de prison avec sursis et 150 000 euros d’amende pour abus de biens sociaux. Il a depuis fait appel. Mais, pour Altran, ce CV risque de devenir encombrant.

et les salariés devraient les avoir.

Une chose est sûre : Altran confirme sa piteuse gestion salariale ! Il y a des signes qui ne trompent pas comme le taux de turn-over : 26,2 % en 2010 rattrapant celui de 2008 qui culminait à 29,9 %. Rappelons que le taux moyen de turn-over est de 15% en SSII et 8% dans le reste du monde du travail. Dans le chapitre joliment intitulé « Risque lié à la gestion du personnel », la direction tente de faire croire que : « Le groupe porte une attention particulière aux recrutements, à la formation et au développement de carrière de ses collaborateurs ». Une affirmation contredite par sa propre étude « Employee feedback program » où les « employés Altran à travers le monde » se sont exprimés en ligne. Seuls 54% des salariés y ont pris part dont 45% en France. D’après un document interne, Altran fait état d’un « Point d’alerte sur le management des ressources humaines ». Ainsi, concernant les rémunérations, les avantages, les évolutions professionnelles ou encore la proximité du manager, « 11% des répondants seulement se sont déclarés satisfaits » ! Mais le plan d’action envisagé reste dans la droite ligne du bling-bling social propre aux SSII : « Echanger sur le bien-être au travail (ex : invitation à participer à des ateliers sur les risques psychosociaux, …) ».

La gestion des ressources humaines est l’un des gros points faibles des SSII. Altran accuse même un retard hallucinant ! « La direction des ressources humaines a par ailleurs été renforcée en 2010 avec l’arrivée d’un Directeur des Ressources Humaines Groupe ». En clair, la politique RH n’était même pas coordonnée au niveau du groupe comme on peut décemment l’attendre de la part d’une multinationale comme Altran. Il est vrai que les responsables RH ne voient même plus la ligne jaune. A l’image de celle d’Altran Sud-Ouest qui a ouvertement avoué faire de la régie, prêt de main d’œuvre illicite au regard du Code du travail.

Mais l’illégalité ne semble pas faire peur au mastodonte de l’ingénierie : il n’y a plus de Comité d’entreprise dans le groupe ! Par tout un jeu subtil de réorganisation, Altran tente de contenir la représentation des salariés. Tout se passe maintenant en justice où « deux mandataires ad hoc ont été désignés respectivement par le Tribunal de Grande Instance de Paris pour l’établissement Paris-Lyon-Sophia et par le Tribunal de Grande Instance de Toulouse pour l’établissement Sud-Ouest d’Altran Technologies. » Une affaire à suivre et dont la direction du groupe prévoit « le risque (…) d’une dégradation des relations sociales au sein d’Altran Technologies et des ses filiales se traduisant par de nouveaux contentieux. » Perspicace.

Un patron sur le départ, une répartition des richesses entre dirigeants et salariés digne du XIXème siècle et l’atomisation complète de la vie sociale dans l’entreprise : Altran tient sans conteste le haut du panier des SSII à la dérive.


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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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