Capgemini invente le ticket modérateur salarial

A Montpellier, une trentaine de salariés de Capgemini et de sa filiale Sogeti ont manifesté lundi devant la direction de Pôle-Emploi, un des principaux clients du groupe. Après des entretiens individuels moroses quant aux augmentations de salaires, la mobilisation se propage chez le géant informatique : Toulouse, Aix-en-Provence et Grenoble devraient suivre. Capgemini applique effectivement le concept du ticket modérateur aux augmentations de salaires.

Montpellier commence à devenir une ville phare en matière de mobilisation sociale en SSII. Lundi dernier, une trentaine de salariés de Capgemini et de Sogeti manifestaient devant la direction régionale de Pôle-Emploi, l’un des principaux clients du groupe dans la ville du sud-est. L’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-Unsa est aux manettes pour dénoncer la politique du rabais salarial. Avec 30% de différence de salaires entre les ingénieurs parisiens et leurs homologues montpelliérains, le directeur de ressources humaines assure à l’AFP que : « Nous avons une politique salariale cohérente, le coût de la vie n’est pas le même à Paris et en région. » Avec des loyers les plus élevés de France en région, Montpellier n’a pas grand chose à envier à la capitale, toute proportion gardée. Mais ses plus de 12% de taux de chômage permettent surtout au patronat de contenir les salaires.

Les conflits s’enchaînent

Corine Benacquista, déléguée du personnel CGT et élue CE chez Capgemini et Eric Pouget, délégué syndical CGT, assurent que les choses se sont dégradées depuis 2005. Année qui a été marquée par une grève, tout comme en 2008. Les salaires étaient au cœur des conflits. « Là aussi, le déclic a été le retour des entretiens annuels de février. Beaucoup de salariés n’ont pas été augmenté, ou alors très peu. Ils étaient découragés et certains commençaient à dire qu’il faudrait faire grève», explique-t-elle. La pilule salariale est mal passée après deux années de crise où les salaires ont quasiment été gelés.

« Nous n’arrivons pas à avoir un accord d’augmentation collectif », poursuit la syndicaliste. « Les accords signés le sont à minima, enchaîne Eric. En fait, ça ne fait que rattraper des salaires qui n’ont pas augmenter depuis trois ans. Ce n’est donc pas de l’augmentation de salaires. » « Et encore, ils enlèvent les augmentations Syntec et les augmentations individuelles ! », reprend Corine.

Duperie salariale

Capgemini a effectivement trouvé l’astuce pour ne pas augmenter les salaires tout en faisant croire qu’elle les augmente. La direction s’appuie sur les augmentations obligatoires dues à la convention Syntec qui assure les salaires minimum dans la profession. « C’est le ticket modérateur ! On se retrouve finalement au minimum Syntec ! », s’indigne Eric. Car, bien souvent, il semble que les managers de Capgemini fassent passer ces augmentations Syntec pour de l’augmentation d’entreprise : « On s’est battu pour qu’ils disent aux gens qu’elles correspondaient aux minimums Syntec », rappelle Corine.

Salaires de misère

Les salariés du groupe Capgemini à Montpellier souffrent donc de fortes disparités salariales. Eric prend son cas en exemple : « J’ai vingt ans d’expérience en tant qu’ingénieur, je suis cadre au coefficient 2.2 et je gagne 2 000 euros nets par mois sur 13 mois ! » Il poursuit sa démonstration : « Depuis 2000, mon salaire a augmenté de 1% par an alors que l’inflation se situait autour de 2%. Le résultat, c’est que mon pouvoir d’achat a baissé de 10% ! » Et encore, il ne s’estime pas être parmi les moins bien lotis.

« Les salariés gagnent de 5 000€ à 15 000€ en moins par rapport à ce qu’ils devraient toucher sur leurs postes », assure Corine. Pour dire cela, elle se base sur l’évaluation des salaires que propose l’Apec sur son site Internet. La rémunération y est calculée selon le poste, la région, l’expérience, etc. Eric a testé et le verdict est clair : « Je gagne 34 600€ annuels qui est le minimum Syntec alors que je devrais toucher 42 500€ selon l’Apec. » Une différence  de près de huit mille euros tout de même !

La politique salariale de Capgemini est donc loin de ce que l’on peut se douter d’une multinationale de cette importance qui sait seulement préserver les rémunérations de ses dirigeants. En attendant, des salariés ont trouvé la parade : « Il y a du travail de nuit. Pour certains, c’est le seul moyen de gagner plus », assure Corine.

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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Un commentaire pour Capgemini invente le ticket modérateur salarial

  1. Un salarié Sogeti dit :

    A noter que, quand bien-même un accord d’augmentation collective est signé (NAO), il reste à l’appliquer et c’est une autre histoire.
    En effet, n’ayant pas bénéficié de l’application de la mesure d’un accord NAO de rattrapage collectif, j’ai bien sûr demandé quelle en était la raison, réponse:
    « La date d’application de la modalité me concernant n’est pas claire, ca demande vérification »
    L’accord précise pourtant qu’il est applicable au 1er janvier et produit ses effets jusqu’au 31 décembre, de mon côté ca me semble pourtant clair!

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