SII, la SSII qui se renie

Eric Matteucci, patron de SII, n'en croit toujours pas sa moustache. Ses comparses viennent de lui apprendre qu'il dirige une SSII !

Poursuivons notre petit tour des documents de référence des SSII en s’intéressant à SII. Alors que son président du directoire nie formellement dirigée une SSII, il s’enorgueillit de ses résultats qui, s’ils sont bons, restent bien mal répartis.

Eric Matteucci, le président du directoire de SII l’assure sur France Info (24/06/2011). En réponse à Antoine Verlain lui affirmant que ses activités n’ont « rien à voir avec les SSII« , il explique : « non, les SSII sont plutôt orientées sur le système d’information de leurs clients alors que nous on est plutôt orienté sur l’activité produit de nos clients donc au cœur du métier de nos clients. » Quelle différence flagrante ! Avant d’affirmer que son entreprise assure de la mise en régie, illégale au regard du code du travail : « Vous envoyez des ingénieurs chez vos clients ? », demande le journaliste. « C’est environ 50% des ingénieurs qui vont effectivement chez nos clients, elles (sic) travaillent complètement intégrées dans les équipes du client », poursuit le patron.

Quand SII nie être une SSII

Avant de préparer ce petit objet publicitaire pour la radio publique, Matteucci aurait au moins dû lire son propre document de référence 2010/2011. Il aurait appris que son entreprise a pondu une « Enquête de satisfaction du personnel » où 84,3% de ses subordonnés ont répondu que « SII est égale ou mieux que les autres SSII ». Ou encore, dans la rubrique « Ethique/Déontologie », que  « SII a contribué à la rédaction, et bien entendu respecte, le code déontologique de la profession des SSII. » Beaucoup de patrons du secteur veulent effectivement se débarrasser de l’acronyme. Porteur de tant de mauvaise image, le Syntec numérique va y remédier d’ici la fin de l’année en changeant peut-être l’appellation même des SSII.  Ce qui facilitera la vie de Matteucci.

En attendant, lui et ses comparses sont contents d’eux : « l’activité du groupe SII s’est développée au-delà de nos attentes », s’enthousiasment-ils, cette fois dans leur propre communication. « Nous avons enregistré un chiffre d’affaires de plus de 222 M€, en croissance de près de 17 %, ce qui situe notre performance nettement au dessus de la moyenne », poursuivent-ils, avant de lâcher : « Nos marges sont également en nette progression et nous ont permis de renforcer, une fois encore, notre situation financière. »

Situation financière renforcée pour les actionnaires et les dirigeants

Le trio de patrons de la SSII qui n’en n’est pas une ont effectivement renforcé leur situation financière. Leurs rémunérations sont au moins égales à celles de l’an passée. Eric Matteucci a perçu 180 000€ de fixe et 2 340€ en nature qui correspond à sa voiture de fonction. Ses collègues du directoire alignent 182 609€ pour Patrice Demay (dont 2 609 au titre de sa voiture de fonction) et 182 220€ pour Jean-Paul Chevée (dont 2 220€ pour la voiture de fonction). Ces joyeux drilles se sont aussi vus attribués des « actions de performance » : 17 756 en plus pour Matteucci, 18 813 pour Demay et 10 039 pour Chevée.

De son côté le président du conseil de surveillance et fondateur du groupe, Bernard Huvé, a touché 36 000€ de rémunération fixe et 14 156€ de variable. Lui et sa petite famille, Christiane, Arnaud, Alexia et Alban détiennent 55,04% du groupe.

Ce beau petit monde est reconnaissant : « Un grand merci à tous nos collaborateurs qui ont permis cette performance », écrivent-ils. « Un succès qui repose sur vos qualités techniques et humaines, votre professionnalisme, votre confiance, votre créativité et votre aptitude à travailler ensemble et avec plaisir pour servir toujours mieux nos clients. » « Et nos intérêts », auraient-ils pu rajouter.

« Des paroles, des paroles »

La cheville ouvrière du groupe, les salariés, ont au moins la reconnaissance du travail accompli « avec plaisir » de la bouche même de leurs dirigeants. Dans les actes, c’est un peu plus compliqué même si « SII dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit », comme elle le proclame au chapitre « Culture d’entreprise ». Les premières lacunes apparaissent en matière de parité. Au 31 mars 2011, on comptait 2 506 salariés dont 82,4% d’hommes pour 17,6% de femmes pour un âge moyen de 32,9 ans. Si 94% des salariés sont cadres, 78,6% sont des hommes contre 15,4% qui sont des femmes.

De gros efforts restent à faire aussi sur l’emploi des personnes handicapées. Toujours au 31 mars 2011, SII comptait 33 personnes handicapées, soit 1,31% des salariés. La loi en demande 6%… Il est vrai que le groupe a signé un accord handicap avec les partenaires sociaux. Espérons que les fonds sont mieux utilisés que chez Capgemini.

Les SSII sont toujours aussi pudiques sur leur politique salariale. Un des rares chiffres qu’on peut y trouver concerne la participation. Elle s’est montée à 1,7 millions (20% du salaire mensuel moyen), soit 519€ par tête de pipe pour l’effectif moyen de 3 194 salariés sur 2010/2011. Sur 2007/2008, elle était de 1,9 millions d’euros (27% du salaire mensuel moyen). La progression du groupe ne se concrétise donc pas par du sonnant et trébuchant pour les petites mains.

Le bouillon de culture des RH

Côté embauches, SII n’a pas chômé dans le recrutement new generation en organisant les fameux jobs-dating. D’abord à Niort (01/02/2011), avec comme slogan : « La technologie vous sourit ». Seuls trois candidats se sont vus proposer un poste sur la trentaine qui s’était déplacée. « Venez boire un verre, décrochez un job! », annonçait la propagande officielle au Mans (31/03/2011). Enfin, à Toulouse (28/06/2011), l’événement avait lieu sur une péniche pour favoriser « la convivialité et l’échange ». Malgré cette débauche de moyens, sur 2010/2011, SII n’a recruté que 807 personnes pour seulement 187 créations de postes. 5,01% des salariés étaient en inter contrat alors que le turn-over, lui, montait à 19,9%. « Calculé sur les départs à l’initiative du collaborateur », est-il précisé, car chez SII, on ne pousse personne à partir…

Et quand tout ce beau monde est enfin intégré, qu’ils ne comptent pas sur les ressources humaines (RH) pour leur suivi de carrière. A lire les missions des RH au chapitre « Activités de SII », on se rend compte qu’elle sont essentiellement focalisées sur le recrutement. Au siège d’abord, où elles « élabore(nt) une politique adaptée aux objectifs et organise la logistique amont ». Des exemples ? « contact avec les écoles, salons, forums d’école d’ingénieurs, communication, mise en place des outils et des sites de recrutement sur Internet, … » Et en agence alors ? « jusqu’à sept chargés de recrutement (sont) au contact permanent des commerciaux, assurent le recrutement de manière particulièrement réactive. » Ensuite, les RH évaluent « leur capacité à exercer le métier de service (…) et (…) leur adhésion à la culture d’entreprise du groupe SII. » Un sacré bouillon de culture où on cherche encore les ingrédients sociaux.

Avec un tel constat, il serait nécessaire qu’Eric Matteucci embauche Antoine Verlain de Radio France en tant que coach pour de longues séances de training-media. Ne serait-ce que pour qui lui apprenne qu’il est à la tête d’une SSII.

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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2 commentaires pour SII, la SSII qui se renie

  1. Prestataire SII dit :

    Et oui une SSII comme les autres, et petite anecdote sur le % de postes réservés aux handicapés, à chaque fois qu’un handicapé est recruté nous sommes prévenus et on nous rassure tout de suite « Ne vous inquiétez pas cela ne se voit presque pas », SII privilégie donc les handicaps légers et non visible. A SII le physique est la première cause de refus de candidature.

  2. presta SII dit :

    SII j’en sors …. et leur joli petit cadre idyllique j’en rigole doucement …. la seule formation qui m’ai ete proposee , je l’ai vu arriver au bout de 5 ans … parceque’il fallit epuiser un budget formation….de plus les intercontrats marinnent a l’agence … sans projets internes, sans rien … non effectivement personne ne vous dis de partir … mais on fais subrepticement comprendre que partir est mieux pour votre carriere …. effectivement … l’agence comptait pas moins de 3 ou 4 RH dedies …. dont on ne savait pas franchement a quoi ils servaient ….quand aux cv presentes aux clients …. trafiqués a la sauce SII ….. et presentant soit des competences que je n’avais pas et oubliant de mentionner de plus celles que j’avais .. n’en parlons pas …. bref …. une entreprise qui clame un peu trop haut et fort qu’elle se veut differente alors que la realite des choses est que les ingenieurs sont sous payés …que les fameuses grilles appliquees sont ridicules … que les profits sont enormes …..

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