Le grand cirque des RH du Groupe Open

Frédéric Sebag et Guy Mamou-Mani, les co-présidents de Groupe Open, dans leur nouveau numéro : "C'est la pénurie (d'informaticiens) !!!"

Le président du Syntec numérique, Guy Mamou-Mani, est aussi directeur général délégué de la SSII Groupe Open qu’il co-préside avec Frédéric Sebag. A lire leur document de référence 2010, ils se sont affublés d’un gros nez rouge et d’un costume à pois sous leur chapiteau informatique. Car, leur gestion des ressources humaines (RH) de ces dernières années ressemble plus à un grand cirque. 

« Groupe Open a réalisé au premier semestre (2011, NDLR) un résultat net de 2,1 millions d’euros, à comparer avec une perte nette de 1,4 million d’euros, un an plus tôt. Le résultat opérationnel courant de la SSII a bondi de 69% à 5,9 millions d’euros, ce qui lui permet d’afficher une marge opérationnelle de 4,5%. Elle s’élevait à 2,6% au premier semestre 2010. Groupe Open a bénéficié de l’amélioration de ses taux d’activité et de la réduction des coûts de structure. » Telle est la communication boursière que l’on pouvait lire le 13 septembre dernier. Mais, derrière ce langage fleuri se cache une singulière gestion des salariés du groupe.

Quand Groupe Open dégraisse

Dans le document de référence 2010 de Groupe Open, un coup d’œil à l’évolution des effectifs est nécessaire pour comprendre l’entourloupe. Entre 2008 et 2009, Groupe Open a accusé une baisse de près de 9% de ses effectifs puis une seconde entre 2009 et 2010, cette fois, de 13,4% ! « La crise, mon pauv’ Monsieur ! », entend-on déjà de la bouche des dirigeants. Une crise qui pourtant semble avoir été quelque peu anticipée, du moins pour la seconde année (2009). Pour cela, il faut regarder dans le rétroviseur.

Dans son « Etude sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail dans les SSII » commandée par la Fédération CGT des Sociétés d’études, le cabinet Secafi relevait déjà chez Open, en 2009, « un plan d’actions de diminution des effectifs productifs de 100 personnes sur un total de 3.900 salariés. » Pour Secafi, « cet exemple illustre bien le refus de procéder par PSE (plan de sauvegarde de l’emploi, NDLR), d’autant que pour expliquer la baisse de son chiffres d’affaires en 2010, Groupe Open mettra en avant… l’insuffisance de ses effectifs ! », explique le rapport. Après cela, Guy Mamou-Mani est un peu moins crédible quand il crie à la « oh là là ! la pénurie d’informaticiens » en France.

Les Shirley et Dino de l’informatique ne font rire personne

Dans ce grand cirque de la gestion RH, le duo dirigeant de Groupe Open, Frédéric Sebag et Guy Mamou-Mani, ne peuvent que constater une baisse du chiffre d’affaires « à 260 M€. Il intègre la diminution du nombre de collaborateurs productifs : 2 800 au 31 décembre 2010 contre 3 150 au 31 décembre 2009 », rajoutent en chœur les Shirley et Dino de l’informatique dans leur « message des présidents ».

2011, la reprise est là et nos deux compères se retrouvent bel et bien en pénurie de main d’œuvre : « Groupe Open prévoit d’intégrer plus de 800 nouveaux collaborateurs en 2011 »,confessent-ils en présentant leur « Plan Stratégique VALEUR & INNOVATION » qui « constitue le fer de lance du développement d’une société qui est d’ores et déjà un acteur incontournable de son secteur et qui va s’imposer comme une référence en termes d’innovation. » On est effectivement encore bouche-bée devant l’innovation de la gestion RH.

Les dirigeants ne semblent pas s’inquiéter du taux de turn-over de 21% qui est, en 2010, reparti à la hausse renouant presque avec le taux record de 2008 : 22%. C’est qu’ils n’accordent pas le même intérêt à tous leurs salariés. Au chapitre « Risque lié aux collaborateurs clés », on apprend que Frédéric et Guy tiennent une importance particulière à cette ressource « de ses principaux dirigeants, de ses consultants et de ses commerciaux dont le départ pourrait affecter de manière significative les résultats du Groupe. » Mais, l’honneur est sauf : « Depuis sa création, GROUPE OPEN n’a enregistré qu’un faible nombre de départs de ses collaborateurs clés, ce qui traduit un management efficace et une forte adhésion au projet d’entreprise. »

Le clown blanc du Syntec numérique a une petite voiture mais un gros salaire

Les petites mains, elles, sont donc reléguées à l’arrière plan. D’ailleurs, peu de chose leur est consacrée dans ce document. Au chapitre « Participation des salariés et intéressement au résultat », le message est laconique : « Dans les sociétés françaises, les salariés bénéficient d’une participation sur les résultats dans les conditions de la loi en vigueur. » Salariés d’Open, pour votre participation, allez voir du côté de la loi et de son savant calcul pour déterminer votre obole.

Pendant ce temps-là, malgré les médiocres résultats du groupe, la tête bicéphale d’Open a vu sa rémunération augmentée. Ainsi, Frédéric Sebag a droit, sur l’exercice 2010, à 283 680€ de rémunération, en hausse de 14% par rapport à 2009 ! Outre les rémunérations fixe et variable, on y trouve 24 000€ de jetons de présence et 12 000€ d’avantage en nature qui concerne sa voiture de fonction. Guy Mamou-Mani, lui, a droit à 282 606€ en 2010, en hausse de près de 16% ! On y retrouve là 24 000€ de jetons de présence et 4 926€ au titre de la voiture de fonction.

Si Guy Mamou-Mani a donc une plus petite voiture que Frédéric Sebag, les deux compères ont clairement utilisé leurs salariés comme LA variable d’ajustement pendant la crise, et ce, sans avoir recours à un plan social. Leur tour de magie n’aura pas fait illusion quant à la gestion de leur SSII. Mais, le plus grave, c’est que l’un des deux est le clown blanc du patronat informatique. Ledit patronat qui criait hier à la crise, crie aujourd’hui à la pénurie. Et demain ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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8 commentaires pour Le grand cirque des RH du Groupe Open

  1. the yes men ;) dit :

    pas mal l’article 😉
    j’ai fait partie du « plan social » de 2009 (700 départs) entre 2009 et 2010, j’ai eu droit à un avertissement pour incompétence et ensuite à une mission fictive
    selon leurs différents communiqués de presse :
    – en 2008 il étaient 3800
    – en 2011 ils sont à 2800
    – ça fait donc 1000 départs entre 2008 et 2011

    je prépare un article sur leurs déboires aux prud’hommes car je les attaque depuis deux ans :
    – déclarations au petit bonheur la chance
    – inventions
    – parjures
    – incohérences
    – aucune preuve
    – mais la vérité je la connais et j’ai déjà toutes les preuves versées au dossier
    – je vois toujours pas pourquoi ils veulent absolument continuer aux prud’hommes parce qu’à chaque fois que j’apporte une preuve, leur avocat est obligé de s’inventer autre chose pour pouvoir continuer à avoir un dossier (et oui on a jamais vu un seul clown à aucune audience, pas besoin de vous dire qu’il n’y avait personne non plus à la conciliation 😉 ). Du coup à chaque fois je vérifie ce que leur avocat déclare (directement chez les personnes ou sociétés concernées, ça servirait à rien de poser les questions à groupe open …)
    -> de leurs faits ils ont déjà réussi à mettre deux de leurs clients dans le caca (crédit agricole et pagesjaunes), et maintenant je vais passer à un de leur pote en attendant la suite de leurs inventions
    -> je sais pas si le pote en question est au courant mais en tout cas groupe open l’a cité dernièrement dans le dossier et si groupe open dit vrai, le pote en question est donc un incompétent patenté 😉

    ça va être humoristique 😉
    c’est chouette comme société les ssii, on est une grande famille, tout le monde se sert les coudes, tout le monde se connaît, tout le monde se respecte, enfin à part quand on se respecte plus 😉

  2. Faisant partie de l’équipe dirigeante de groupe open je tenais à exercer mon droit de réponse. J’apprécie tout particulièrement votre article Mr Séné. Et en effet vous avez raison. Mais c’est complètement faux, car nous avons mis en place un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) et surtout pour les seniors, car voici nos chiffres :
    – pour 2010 nous nous sommes engagé à conserver 85% de nos seniors
    – pour 2011 nous nous sommes engagé à conserver 88% de nos seniors
    – pour 2012 nous nous sommes engagé à conserver 90% de nos seniors
    ce qui ne veut pas dire que nous nous sommes engagés à nous délester de :
    – 15% de nos seniors en 2010
    – 12% de nos seniors en 2011
    – et 10% de nos seniors en 2012

    Bien à vous Mr Séné

    • Nicolas dit :

      « nous nous sommes engagé »

      Tu te prends pour Louis le Onzième !

      S’appeler Gontran de Margerie-Mouton — bêêêê ! — et écrire « Mr Séné »… Tsss, tout fout le camp !

  3. @Gontran de Margerie-Mouton :
    Quand je cite l’« Etude sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail dans les SSII » disant qu’il n’y a pas eu de PSE, cela concerne l’année 2009 quand Groupe Open a mis en place « un plan d’action de diminution des effectifs » qui, selon ce que vous apportez, a été suivi en 2010 par un plan social appelé joliment Plan de Sauvegarde de l’emploi (PSE). J’apprécie les précisions que vous apportez dessus mais un PSE, quel qu’il soit, implique une baisse des effectifs.

    Les lecteurs – dont des salariés de Groupe Open – auraient aussi aimé une réponse sur la répartition des richesses dans le groupe. Quid, par exemple, de la participation quand les dirigeants ont vu leur rémunération augmenter de 14% entre 2009 et 2010 pour Frédéric Sébag et de16% sur la même période pour Guy Mamou-Mani ? Un « c’est complètement faux » ne leur suffirait pas.

  4. pour « la baisse des effectifs depuis 2010 » comme vous l’appelez joliment, il n’y en a pas eu
    ce sont simplement des salariés qui sont partis d’eux mêmes, il n’y a eu aucun licenciement

    • Nicolas dit :

      Il n’y en a vraiment pas eu, hmm ? Des salariés qui partent d’eux-mêmes, cela ne fait pas baisser les effectifs ?

      Aucun licenciement, hmm ?

      Je doute fort de tout cela dans cette boîte.

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