Les salariés d’Euriware paient les failles de sécurité d’Areva

DRUn séisme au Japon et un récent « accident industriel et non pas nucléaire », comme l’affirme Areva, à Marcoule dans le Gard remettent en cause la sécurité nucléaire. Il faut y ajouter le piratage depuis deux ans des réseaux informatiques d’Areva qui entraîne des procédures se répercutant sur les salariés d’Euriware, la SSII du géant nucléaire.

A Cherbourg, 80% des cinquante salariés du helpdesk d’Euriware – résolution des problèmes informatiques à distance – sont en grève depuis jeudi dernier. La SSII d’Areva qui a en charge ses réseaux informatiques ainsi que ceux d’autres clients de la Défense subit les failles de sécurité de sa maison-mère. Comme l’annonce L’Expansion, cela fait deux ans que les réseaux d’Areva sont piratés. Après l’accident de Fukushima au Japon et le récent « accident industriel » de Marcoule, Areva aura du mal à faire croire que la sécurité maximale est assurée.

L’argument « Secret Défense »

Le 16 septembre dernier, les salariés d’Euriware rencontrent des problèmes de connexion au réseau : leurs disques durs et clés USB sont scannés et les ordinateurs rament durs. « En fait, il y a eu la mise en place d’une sécurisation des réseaux qui s’est traduit par une coupure et des modifications d’accessibilité pour les salariés », explique un syndicaliste CGT. Tous les utilisateurs du réseau se sont donc retrouvés le bec dans l’eau et ont fait appel au helpdesk pour régler les choses : « à Cherbourg, le volume d’appel a été multiplié par quatre la semaine dernière ! », poursuit le CGTiste.

Qu’Areva entre dans une phase de sécurisation de ses réseaux, personne n’y voit rien à redire. Mais le souci, c’est que rien n’a été anticipé ou du moins communiqué aux salariés. L’argument « Secret Défense » a toujours été répondu aux syndicats qui, comme beaucoup, ont appris la réalité des choses par voix de presse ! « Ce problème d’accès aux réseaux est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, poursuit le représentant du personnel. En début d’année, les augmentations de salaires ont été dérisoires, ça a donc finit par exploser. » 

La charte du déshonneur

C’est qu’Areva a sa propre idée de la sécurité. Après avoir fait signer une charte utilisateur, voilà que les managers sont appelés à forcer la main à leurs subordonnés pour qu’ils signent la charte administrateur. « Cette charte, c’est un exemple du mécontentement de Cherbourg, explique un élu central CGT. Il y est inscrit les devoirs des salariés et les droits de l’entreprise mais pas l’inverse. » Et, cerise sur le gâteau, le projet de charte n’a même pas été soumis aux instances du personnel : « il y a un forcing incroyable pour la faire signer aux salariés qui y résistent », poursuit-il avant de faire remarquer : « On a déjà prévenu que c’était illégal. En plus, on la conteste car il est écrit que l’administrateur du réseau doit signaler les comportements déviants des utilisateurs ! » Une sommation un brin douteuse. Car, de l’homosexualité supposée d’un(e) salarié(e) à des choses pénalement réprimées, la définition de la déviance semble large et laisse craindre quelques dérapages.

Grève exemplaire

Le mouvement de Cherbourg est parti de la base : « ce sont les salariés qui sont venus vers nous », explique la CGT d’Euriware. Et, fait exceptionnel pour le secteur et qui donne à réfléchir les luttes à venir : « Les salariés d’Euriware, les sous-traitants et les intérimaires ont débrayé en même temps et portent les mêmes revendications ! Ils sont jeunes avec une moyenne d’âge de 25 à 30 ans et se rendent compte qu’ils sont dans la même galère ! Ce n’est pas courant de faire ça. » Payés au Smic ou tout au plus 200€ au-dessus du salaire minimum, les grévistes revendiquent donc 200€ d’augmentation, une prime exceptionnelle de 1 000€ pour l’activité exceptionnelle à laquelle ils font face et l’amélioration des conditions de travail.

D’ailleurs, ils seront dans le cortège à Cherbourg dans le cadre de la journée interprofessionnelle organisée aujourd’hui par cinq confédérations. « Au niveau de la fédération CGT des Sociétés d’études, on a remarqué qu’il y a une très forte syndicalisation dans les centres d’appel », conclut le syndicaliste. Une donnée qui montre que la prise de conscience se fait petit à petit. En tout cas plus vite, semble-t-il, que la sécurisation des réseaux d’Areva.

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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