La douteuse gestion de la crise d’Akka Technologies

Akka Technologies rejoint Groupe Open dans le grand bal des faux-cul de la gestion de la crise. La société de services lyonnaise est ainsi soupçonnée d’avoir maquillé un plan social en utilisant ses salariés comme variable d’ajustement. Dans le même temps, elle commence à revenir sur les acquis sociaux des salariés d’Aéroconseil qu’elle a avalé cet été.

En pleine crise, Akka Technologies a su ménager ses actionnaires et la fortune personnelle de son patron, Maurice Ricci (à lire ici). La Tribune de Lyon lève une partie du mystère qui explique désormais l’insolente santé boursière de la société de services informatique : « Pendant la crise du secteur automobile en 2009, plusieurs consultants d’Akka Technologies se sont retrouvés sans mission. Plutôt que de payer ces salariés à ne rien faire, le groupe a procédé à des licenciements sous des motifs personnels bidons comme, par exemple, des problèmes de comportement. Le but est d’éviter la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi plus long à mettre en place et plus couteux », raconte Fabien Rouméas à La Tribune de Lyon.

Fabien Rouméas est avocat et il défend une vingtaine de salariés d’Akka Technologies qui ont poursuivi le groupe aux prud’hommes de Lyon. Le tribunal a d’abord estimé qu’il y avait bien fraude au « licenciement économique » et condamné Akka Technologies « à indemniser quatre premiers plaignants à hauteur de douze mois de salaire », poursuit le magazine lyonnais. Akka Technologies n’a pas fait appel et hier quinze autres cas similaires devaient être jugés.

Le bon filon des départs volontaires

La manœuvre est désormais connu depuis que Groupe Open, la société de Guy Mamou-Mani le patron du syndicat professionnel du secteur (à lire ici), a usé du procédé. Pendant la crise les effectifs ont fondu et dès que l’activité est repartie, voilà le patron en manque de main d’œuvre. A écouter les directions, ce ne sont que des départs volontaires ou, dans le cas d’Akka, des arguments fumeux autour du comportement de ses subordonnés qui étaient en intercontrat (la période de latence entre deux missions).

Ces départs qui semblent avoir été forcés ont évité de mettre en place des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), des plans sociaux qui exige des règles précises de prise en charge des salariés. L’inconvénient, l’opération est longue et coûteuse et nos professionnels du flux tendu ont bien d’autres soucis à gérer, comme celui de rassurer leurs actionnaires.

Les acquis d’Aéroconseil dans le viseur

L’actualité ne s’arrête pas là pour Akka Technologies. Cet été, elle a mis la main sur Aéroconseil, une bonne nouvelle qui a enthousiasmé le directeur financier du groupe, Nicolas Valtille : « L’acquisition d’Aéroconseil (…) nous permet d’avoir plus de mille collaborateurs hors de France et aussi d’avoir plus de 15% de notre chiffre d’affaires hors de France sachant que nous nous sommes fixés un objectif de 30% de notre activité hors de France », expliquait-il. (à lire ici)

Ce qu’il se gardait bien de dire, c’est que pour optimiser l’achat, la direction d’Akka Technologies allait rogner sur les acquis sociaux des salariés ainsi digérés. Comme le démontre la grève d’hier sur le site toulousain à l’appel de la CFE-CGC et l’Unsa d’Aéroconseil.

Leur communiqué dénonce : « Afin d’harmoniser les pratiques avec le groupe AKKA, la Direction d’AeroKKonseil a procédé à la dénonciation de la prime d’ancienneté (1% du salaire de base conventionnel par année d’ancienneté) . » Un petit plus annuel  qui « constituait une source de rémunération supplémentaire pour compenser nos salaires déjà peu attractifs ainsi qu’une garantie d’augmentation indépendante de la politique salariale conjoncturelle », poursuivent les syndicats.

Alors que le 14 septembre dernier, la direction d’Aéroconseil « s’était engagée à une négociation constructive » sur le sujet, deux semaines plus tard, lors d’un Comité d’entreprise : « elle refuse catégoriquement toute négociation concernant la dénonciation de la prime d’ancienneté », constatent les syndicats.

Ils confirment donc la politique d’Akka Technologies qui a grossi en avalant ses concurrents dont les salariés ont ensuite constaté les dégâts : baisse incontestable de leurs primes, participation et intéressement. Les anciens de Coframi rachetés en leurs temps par le groupe lyonnais n’ont pu que constater la dégradation de leurs acquis sociaux.

La direction s’enferme dans le silence

Sur ces deux sujets, la direction d’Akka Technologies ne semble pas vouloir réagir. Son avocat, Joseph Aguera, n’a pas voulu répondre à la Tribune de Lyon pour l’histoire des prud’hommes. Et Patrice Caillaux, responsable des relations sociales du groupe,contacté trois fois depuis hier midi, tient la même posture.

Mais l’honneur est sauf : même si au moment où sont écrites ces lignes, le cours de Bourse d’Akka Technologies est en légère baisse (-0,71%) (à lire sur Akka et la Bourse), la fortune personnelle de son patron plafonne toujours à 140 millions d’€, en hausse de 86,67% sur un an. Nous voilà rassurés.

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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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