Capgemini et sa politique fiscale paradisiaque

Si les salariés du groupe Capgemini ne sont pas satisfaits de la politique salariale maison, qu’ils ne s’inquiètent pas, leur direction s’est concoctée une politique fiscale paradisiaque. Accrochez vos ceintures, décollage immédiat pour le rêve économique.

Les salariés de Capgemini et de ses filiales (dont Sogeti et Sogeti High Tech) engagent régulièrement le bras de fer pour défendre leurs salaires (à lire ici). Ils aimeraient, à juste titre, une meilleure répartition des richesses au sein de la multinationale. Si cela leur paraît vain, c’est que leur direction en connaît un rayon pour éviter de sortir inutilement l’argent que lesdits salariés produisent pourtant.

Capgemini, le « mauvais élève » fiscal

Ainsi, comme l’a déjà démontré le magazine Alternatives économiques en mars 2009, Capgemini fait partie des « plus mauvais élèves (en valeur absolu comme en pourcentage) » en matière de paradis fiscaux (à lire ici). Le groupe y planque depuis quelques années des filiales bien au chaud, à l’instar de LVMH, Schneider, France Télécom, Danone ou Pernod. 31 filiales  représentant 24% de la totalité de l’union économique et sociale (UES) de Capgemini sont ainsi bien à l’abri du fisc français. Cela représentent combien d’euros sonnants et trébuchants qui ne peuvent pas ainsi être reversés aux salariés lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) ? Le mystère reste entier.

Papi Kampf fait de la résistance fiscale

Serge Kampf, le fondateur de Capgemini, détient encore 3,6% du capital et sa fortune accuse une baisse de 7,38% s’affichant à seulement 212 millions d’euros (à lire ici). Comme dit le proverbe : « ce n’est pas au vieux signe qu’on apprend à faire la grimace », papi Kampf a décidé de faire de la résistance. Et fiscale s’il vous plaît !

Dernièrement, il a pris le maquis pour mettre à l’abri sa fortune à Genève, bien loin des kapos du fisc français. Le magazine suisse Bilan l’a dégoté en terres helvètes et annonce qu’il y planque entre 200 et 300 millions de francs suisses, soit entre 162 et 243 millions d’euros. Bilan édite chaque année un palmarès des « 300 plus riches de Suisse » et Serge Kampf fait désormais partie du petit cercle des « 44 plus grandes fortunes françaises », comme l’indique le journal La Tribune. Un exploit de plus à ajouter à son palmarès personnel, car il figurait déjà parmi les 500 plus grandes fortunes françaises (à lire ici).

Avec cette évasion vers le bonheur fiscal, Serge Kampf n’a fait qu’appliquer à la lettre l’essence de l’Institut Euro92. Fondé en 1988 par Alain Madelin, ce petit groupe « rassemble des décideurs politiques et économiques  soucieux alors de renforcer la compétitivité globale de leur pays face aux nouvelles exigences créées par la mise en place du Marché unique et la mise en route de l’Union Européenne », dixit leur site Internet.

Sous la houlette de Jean-Pierre Raffarin en tant que secrétaire général, Serge Kampf côtoyait d’autres valeureux patriotes soucieux « de renforcer la compétitivité globale ». On y retrouvait ainsi François Pinault, Patrick Ricard (Pernod Ricard), Jean-René Fourtou, Francis Mer ou encore un certain Jacques Servier des laboratoires du même nom.

Un directeur financier à bonne école ?

Concernant la politique fiscale de Capgemini, on imagine que le directeur financier a son mot à dire. Si tel est le cas, on comprend que Capgemini fait partie des « plus mauvais élèves » en la matière. Son directeur financier, Nicolas Dufourcq, est effectivement allé à bonne école. Petit-fils d’un musicologue et organiste, Norbert, son propre père ne suivra pas la voie paternelle. Papa Dufourcq, Bertrand de son prénom, sera ambassadeur de France. Il se marie le 6 juillet 1961 à Elisabeth Lefort des Ylouses qui deviendra femme politique et Inspecteur honoraire des affaires sociales.

De leur union naîtra donc le petit Nicolas qui épousera une carrière d’Inspecteur des finances après être passé dans le moule des lycées Henri IV et Louis-le-Grand à Paris, l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et la prestigieuse Ecole des hautes études commerciales (HEC). Après une brillante carrière dans le public, il devient, en 2004, Directeur général adjoint et Directeur financier de Capgemini. Un CV de rêve pour qui souhaiterait manier quelque peu l’évasion fiscale. Mais sûrement que Nicolas Dufourcq n’a-t-il jamais pris part à ces décisions d’élire domicile dans de tels paradis ? Ce n’est là que pure spéculation.

Les salariés de Capgemini ont au moins l’honneur de travailler dans un groupe qui engrange les records. Capgemini compte maintenant plus de salariés en Inde qu’en France (à lire ici) et a 24% de ses filiales dans un paradis fiscal. Et tout cela sous la houlette d’un « socialiste depuis toujours » comme aime se qualifier son Pdg, Paul Hermelin (à lire ici). Bref, les salariés de Capgemini peuvent être fiers.

!!! RÉACTUALISATION LE 02/12/2011 : Serge Kampf, par la voix de la porte parole de Capgemini dément résider en Suisse !!! (à lire ici)


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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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Un commentaire pour Capgemini et sa politique fiscale paradisiaque

  1. salarié_capgemini dit :

    En 2011 l’Ues Capgemini compte 19200 travailleuses et travailleurs. Dans la nao de décembre 2011, les dirigeants de Capgemini, veulent faire signer un accord d’augmentations salariales, dans lequel, ils donnent 3,5 millions d’euros pour les augmentations collectives (20% de l’enveloppe globale), et 14 millions d’euros pour les augmentations individuelles. Les syndicats réclament 50% de l’enveloppe, 8,75 millions d’euros, pour les augmentations collectives. En laissant 80% de l’enveloppe, au bon vouloir des managers (qui ignorent, la plupart du temps, ce que font les ingénieurs en clientèle), la direction de la multinationale écrase les salariés et les syndicats.

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