Le chômage des cadres progresse plus vite

DRAlors que le candidat pas encore déclaré, Nicolas Sarkozy, veut organiser un référendum sur la prise en charge des demandeurs d’emploi, l’Insee publie « une photographie du marché du travail en 2010 ». Si le chômage touche toutes les classes sociales, c’est chez les cadres qu’il progresse le plus vite.

Cette semaine, la Une du Figaro Magazine annonce : « Mes valeurs pour la France » puis : « Travail, éducation, famille, laïcité. Le président s’engage. » Le chef de l’État veut ainsi organiser des référendums sur l’indemnisation des chômeurs et sur le droit des immigrés. Concernant le premier sujet, il explique : « Il faut engager un changement profond de notre organisation, une forme de révolution. Je propose de créer un nouveau système dans lequel l’indemnisation ne sera pas une allocation que l’on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l’emploi versera à chaque demandeur d’emploi en contrepartie de la formation qu’il devra suivre. Passé un délai de quelques mois, toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d’emploi devra choisir une formation qualifiante. A l’issue de cette formation, qui sera obligatoire, le chômeur sera tenu d’accepter la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel il aura été nouvellement formé ».

Le fantasme du chômeur

Le fait même de prendre ces sujets renvoie les chômeurs et les immigrés au rôle de parias, accusés implicitement de profiter de la société. Un discours niant du même coup les phénomènes sociaux en cours. Les autres candidats à l’élection présidentielle ont fait part de leur stupeur. François Bayrou (Modem) a réagit : « Cibler les chômeurs, en faire un sujet d’affrontement au sein de la société française, comme s’ils étaient le problème et pas l’absence d’emploi, c’est une perte inacceptable du sens des responsabilités ». François Hollande (PS) renvoie au « prochain référendum, c’est l’élection présidentielle ». Éva Joly (EE-LV) dénonce le fait de « faire passer les chômeurs pour des fainéants », un procédé « scandaleux ». Enfin, Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) y trouve-là le « signal d’extrême droitisation » du président qui « appelle les gens à se haïr. C’est lamentable ».

La photographie du chômage

Au-delà du débat politique, le chômage est un vrai phénomène social ayant des causes et des effets. Pour ces derniers, l’Insee vient de publier « une photographie du marché du travail en 2010 » *. Il y a deux ans donc, « 28,3 millions de personnes de 15 ans ou plus vivant en France métropolitaine sont actives : 25,7 millions ont un emploi et 2,7 millions sont au chômage au sens du BIT » (définition en bas de cet article). L’Insee nous apprend que : « une personne en emploi sur deux est ouvrière (21,3%) ou employée (28,9%) et près de quatre personnes sur dix occupent une profession intermédiaire (23,3 %) ou sont cadres (15,1 %) ».

Ensuite, trois quarts des personnes en emploi (salarié ou non) sont employées dans le tertiaire. Et on retrouve essentiellement les cadres dans les activités financières, d’assurance et immobilières, l’information et communication. Ces derniers constituant, en quelque sorte, l’élite sociale du monde du travail n’échappent plus à la précarité à laquelle ils semblaient quelque peu préservés jusqu’ici. Si « le chômage touche plus durement les plus jeunes (22,9%des actifs de 15 à 24 ans), les ouvriers (13,5 %) et les moins diplômés (15,3 %) », l’Insse remarque que « depuis 2008, et surtout en 2009, la situation s’est sensiblement détériorée ». D’abord, le taux de chômage est passé de 7,4% en 2008 à 9,1% en 2009 (en novembre 2011, il s’établissait à 9,8% de la population active. Sources : Eurostat).

+36,6% pour le chômage des cadres

L’Insse analyse : « Avec respectivement 190 000 et 170 000 chômeurs supplémentaires par rapport à 2008, les ouvriers et les employés sont deux catégories sociales qui ont largement contribué à cette augmentation du chômage. » Avant de noter : « Mais c’est pour les cadres que le chômage a progressé le plus vite dans cette période : passant de 130 000 à 177 000 personnes, soit + 36,6 % entre 2008 et 2010, pour + 27,7 % chez les ouvriers et + 28,7 % chez les employés. »

Pour qui en doutait encore, le chômage est massif touchant toutes les couches de la population française. La situation est donc plus complexe que ne l’entend l’actuel chef de l’État en campagne pour « l’extrême-droitisation » des esprits. Dorénavant, des bac+5 fleurissent les rangs des chômeurs pointant à Pôle-Emploi. Et, eux aussi, en recherche active d’emploi, ils se passeraient bien des maigres allocations qu’ils touchent « passivement ».

*INSEE PREMIÈRE – N° 1391 – FÉVRIER 2012 (à consulter ici)
Une photographie du marché du travail en 2010
Depuis 2008, chômage et sous-emploi progressent
Anne Mansuy et Loup Wolff, division Emploi, Insee

Définitions Chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) : personne en âge de travailler (conventionnellement 15 ans ou plus) qui : 1/ n’a pas travaillé au cours de la semaine de référence ; 2/ est disponible pour travailler dans les deux semaines et 3/a entrepris des démarches effectives de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.



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A propos Nicolas Séné

Nicolas Séné, journaliste indépendant spécialisé dans les questions sociales, a recueilli une foule de témoignages. Il démontre, exemples vécus à l’appui, comment les cadres des SSII sombrent d’année en année dans un marasme professionnel, moral et personnel de plus en plus profond. Un malaise nouveau, typique du capitalisme actuel, dont personne ne semble avoir encore pris la mesure.
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