En pleine « Apocalypse » financière, le patron du Syntec numérique ne craint pas d’être « impopulaire »

DRLa crise financière mondiale qui fait trembler la planète Finance avec ses répercussions sociales inhérentes fait dire à certains que c’est « l’Apocalypse » qui s’annonce. Guy Mamou-Mani, le président du Syntec numérique, qui poursuit sa propagande auprès des politiques, n’en a cure. A court terme, il accepte même d’être « impopulaire ».

« Il faudrait peut-être parler des vrais sujets (…). Les bonus, c’est bien gentil, mais je crois que vous ne vous rendez pas compte que d’ici deux jours, ou une semaine, notre monde pourrait disparaître. C’est Armageddon ». Le 30 novembre dernier, Jean-Pierre Mustier n’est pas allé par quatre chemins lors d’une journée-débats sur l’innovation financière responsable à l’Ecole des Mines (Challenges – 05/12/2011. A lire ici). L’ancien patron du Jérôme Kerviel, le trader qui avait fait perdre 5 milliards d’euros à la Société Générale, officie maintenant à Unicredit dans la branche Banque de Financement et d’Investissement (BFI). Depuis ses propos notre monde existe toujours mais avec quelques soubresauts dont les SSII ne sont pas épargnées.

Capgemini dans le (Logi)caca

Et aujourd’hui, sans tout de même parler d’Apocalypse, une SSII vient de se faire remarquer  entraînant ses concurrentes dans la régression boursière. Ainsi, Logica vient d’annoncer un plan de restructuration avec la suppression de 1 300 emplois à la clé. La raison invoquée par la société de services ? « la dégradation des conditions du marché en Europe », comme le rapporte Les Echos (14/12/2011. A lire ici).

Une information qui n’a pas tardé à se concrétiser à la Bourse : Capgemini accuse la plus forte baisse du CAC40 ce matin. A 13h45, son titre perdait toujours 3,5% (à 24,87€) à Paris pendant que celle de Logica chutait de 15,6% à Londres. « C’est un effet boule de neige », explique un analyste au journal Les Echos qui anticipe : « Logica a mis en garde contre les difficultés du marché. Comme c’est un concurrent direct de Capgemini, on craint que Capgemini ne doive prendre de nouvelles mesures de restructuration ».

Capgemini reste d’une discrétion de violette sur le sujet même si les salariés doivent commencer à sentir l’odeur nauséabonde des restructurations. Paul Hermelin, le patron du groupe, a indiqué, lors de la publication de son chiffre d’affaires du troisième trimestre,  « que le groupe réduirait les embauches au quatrième trimestre par mesure de précaution face aux incertitudes sur l’évolution de la situation économique », rapporte le journal économique lui-même en pleine tourmente (à lire ici).

Stéria en passe d’être mangée ?

Dans la conjoncture actuelle, les doutes semblent planés du côté de Stéria. Ainsi, Boursier.com annonce que Stéria est « comme ses confrères, (…) actuellement fragilisée par le manque de visibilité caractérisant 2012. » (Boursier.com – 12/12/2011). Malgré « la forte progression des prises de commandes sur la période estivale », « la profitabilité (qui) est demeurée étale en dépit de la difficulté à remonter les prix de vente » au premier semestre, l’anticipation d’« une croissance des ventes de 3 à 4% » et « la marge opérationnelle courante (qui) ressortirait au moins égale à celle de 2010 », le site boursier n’hésite pas à pointer LA faiblesse de la SSII : « On n’oubliera pas un capital très ouvert qui pourrait donner des idées à un concurrent ayant un peu d’appétit… » Les affamés ne vont donc peut-être pas tarder à sortir du bois.

L’ogre Akka a toujours autant d’appétit

Heureusement, les bonnes nouvelles existent grâce à Akka Technologies qui fait preuve d’une certaine boulimie ces derniers temps. Après le rachat d’Aéroconseil, voila que l’ogre technologique se renforce dans l’automobile en engloutissant MBtech, la filiale ingénierie de Daimler-Benz. Akka va acheter 65% de ladite filiale sans en divulguer le prix (Les Echos – 09/12/2011). Le groupe lyonnais va ainsi passer de 7 000 à 10 000 ingénieurs renforçant sa présence en Europe, en Amérique du Nord et en Chine. Son chiffre d’affaires devrait « grimper à 900 millions d’euros par an, contre 545 attendus fin 2011. »  Mais, il n’est pas sûr que les salariés vont voir leurs conditions s’améliorer (à lire ici).

Le patron du Syntec numérique fait son numéro

Dans cette actualité morose, il y en a un qui n’a pas perdu de sa grandiloquence. Le patron du Syntec numérique, Guy Mamou-Mani himself, a fait son cinéma devant les représentants numériques des candidats UMP et PS aux présidentielles. Un numéro dont il est désormais coutumier (à lire ici). Alors qu’on l’attend plutôt à défendre l’intérêt de la profession avec la crise qui sévit, il préfère poursuivre sa propagande en vue des prochaines échéances électorales.

Pendant un débat organisé par l’Electronic Business Group (EBG), Guy Mamou-Mani et l’un de ses copains du MEDEF ont fait « valoir leurs marottes habituelles », à savoir : « Trop de timidité, trop de taxes, pas assez de libéralisation… », comme le rapporte 01Net (25/11/2011).

« Dans toutes les études qui sont faites actuellement, la France se situe dans le peloton de tête du haut débit, mais reste en queue sur les usages économiques d’internet et du numérique », s’est plaint le patron du Syntec numérique devant les deux politiques. D’après lui, il y a un manque de courage politique en la matière en refusant « la dématérialisation à grande échelle en raison de la centaine de milliers d’emplois qu’elle détruirait ». Et, droit dans ses bottes, il leur a lancé : « Il faut accepter à court terme d’être impopulaire. Et je veux bien reconnaître qu’avec un programme comme celui-là, je ne pourrai jamais me faire élire comme Président de la république. »

Les représentants des candidats vont donc certainement suivre son conseil. Mais cette saillie verbale tombe un peu à plat face aux défis auxquels doit faire face la profession. En tout cas, il n’est pas sûr que de tels propos renforce sa popularité auprès des membres du Syntec numérique.

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Le fondateur de Capgemini garde sa fortune en France

Contrairement à ce que j’avançais précédemment, Serge Kampf, le fondateur de Capgemini, n’a pas mis sa fortune à l’abri en Suisse.

Le magazine suisse Bilan, qui fait un état des lieux annuel des fortunes résidantes en Suisse, vient de faire son mea culpa. Il présentait Serge Kampf, le fondateur de la multinationale, comme nouveau résident suisse. Ce que l’intéressé à démenti. Comme le rapporte ici Les Echos, Bilan dit avoir « été induit en erreur par certains éléments qui, au final, ne signifient pas l’établissement administratif sur le territoire helvétique » de M. Serge Kampf, et « le retire donc de sa liste ». Ses millions seront donc bien soumis au fisc français.

Cela n’empêche malheureusement pas Capgemini de faire figure de « mauvais élève » (à lire ici) en matière de paradis fiscal comme le révélait le journal Alternatives économiques. Pourtant, avec les économies réalisées grâce à ses 24% de ses filiales ainsi exilées, les salariés de Capgemini auraient de quoi atteindre le paradis salarial.

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Capgemini et sa politique fiscale paradisiaque

Si les salariés du groupe Capgemini ne sont pas satisfaits de la politique salariale maison, qu’ils ne s’inquiètent pas, leur direction s’est concoctée une politique fiscale paradisiaque. Accrochez vos ceintures, décollage immédiat pour le rêve économique.

Les salariés de Capgemini et de ses filiales (dont Sogeti et Sogeti High Tech) engagent régulièrement le bras de fer pour défendre leurs salaires (à lire ici). Ils aimeraient, à juste titre, une meilleure répartition des richesses au sein de la multinationale. Si cela leur paraît vain, c’est que leur direction en connaît un rayon pour éviter de sortir inutilement l’argent que lesdits salariés produisent pourtant.

Capgemini, le « mauvais élève » fiscal

Ainsi, comme l’a déjà démontré le magazine Alternatives économiques en mars 2009, Capgemini fait partie des « plus mauvais élèves (en valeur absolu comme en pourcentage) » en matière de paradis fiscaux (à lire ici). Le groupe y planque depuis quelques années des filiales bien au chaud, à l’instar de LVMH, Schneider, France Télécom, Danone ou Pernod. 31 filiales  représentant 24% de la totalité de l’union économique et sociale (UES) de Capgemini sont ainsi bien à l’abri du fisc français. Cela représentent combien d’euros sonnants et trébuchants qui ne peuvent pas ainsi être reversés aux salariés lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) ? Le mystère reste entier.

Papi Kampf fait de la résistance fiscale

Serge Kampf, le fondateur de Capgemini, détient encore 3,6% du capital et sa fortune accuse une baisse de 7,38% s’affichant à seulement 212 millions d’euros (à lire ici). Comme dit le proverbe : « ce n’est pas au vieux signe qu’on apprend à faire la grimace », papi Kampf a décidé de faire de la résistance. Et fiscale s’il vous plaît !

Dernièrement, il a pris le maquis pour mettre à l’abri sa fortune à Genève, bien loin des kapos du fisc français. Le magazine suisse Bilan l’a dégoté en terres helvètes et annonce qu’il y planque entre 200 et 300 millions de francs suisses, soit entre 162 et 243 millions d’euros. Bilan édite chaque année un palmarès des « 300 plus riches de Suisse » et Serge Kampf fait désormais partie du petit cercle des « 44 plus grandes fortunes françaises », comme l’indique le journal La Tribune. Un exploit de plus à ajouter à son palmarès personnel, car il figurait déjà parmi les 500 plus grandes fortunes françaises (à lire ici).

Avec cette évasion vers le bonheur fiscal, Serge Kampf n’a fait qu’appliquer à la lettre l’essence de l’Institut Euro92. Fondé en 1988 par Alain Madelin, ce petit groupe « rassemble des décideurs politiques et économiques  soucieux alors de renforcer la compétitivité globale de leur pays face aux nouvelles exigences créées par la mise en place du Marché unique et la mise en route de l’Union Européenne », dixit leur site Internet.

Sous la houlette de Jean-Pierre Raffarin en tant que secrétaire général, Serge Kampf côtoyait d’autres valeureux patriotes soucieux « de renforcer la compétitivité globale ». On y retrouvait ainsi François Pinault, Patrick Ricard (Pernod Ricard), Jean-René Fourtou, Francis Mer ou encore un certain Jacques Servier des laboratoires du même nom.

Un directeur financier à bonne école ?

Concernant la politique fiscale de Capgemini, on imagine que le directeur financier a son mot à dire. Si tel est le cas, on comprend que Capgemini fait partie des « plus mauvais élèves » en la matière. Son directeur financier, Nicolas Dufourcq, est effectivement allé à bonne école. Petit-fils d’un musicologue et organiste, Norbert, son propre père ne suivra pas la voie paternelle. Papa Dufourcq, Bertrand de son prénom, sera ambassadeur de France. Il se marie le 6 juillet 1961 à Elisabeth Lefort des Ylouses qui deviendra femme politique et Inspecteur honoraire des affaires sociales.

De leur union naîtra donc le petit Nicolas qui épousera une carrière d’Inspecteur des finances après être passé dans le moule des lycées Henri IV et Louis-le-Grand à Paris, l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et la prestigieuse Ecole des hautes études commerciales (HEC). Après une brillante carrière dans le public, il devient, en 2004, Directeur général adjoint et Directeur financier de Capgemini. Un CV de rêve pour qui souhaiterait manier quelque peu l’évasion fiscale. Mais sûrement que Nicolas Dufourcq n’a-t-il jamais pris part à ces décisions d’élire domicile dans de tels paradis ? Ce n’est là que pure spéculation.

Les salariés de Capgemini ont au moins l’honneur de travailler dans un groupe qui engrange les records. Capgemini compte maintenant plus de salariés en Inde qu’en France (à lire ici) et a 24% de ses filiales dans un paradis fiscal. Et tout cela sous la houlette d’un « socialiste depuis toujours » comme aime se qualifier son Pdg, Paul Hermelin (à lire ici). Bref, les salariés de Capgemini peuvent être fiers.

!!! RÉACTUALISATION LE 02/12/2011 : Serge Kampf, par la voix de la porte parole de Capgemini dément résider en Suisse !!! (à lire ici)


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Le patron du Syntec numérique fait son cinéma

DRJeudi dernier, le Syntec numérique organisait une conférence de presse pour faire le point sur « une année 2011 très dynamique » et faire des plans sur la comète pour 2012. Guy Mamou-Mani, le patron du syndicat professionnel, en a surtout profité pour faire son cinéma. Moteur !

Si Guy Mamou-Mani, le patron du Syntec numérique, pèche par son charisme et brille par son optimisme forcené (illustré par le dernier baromètre du secteur), en public il n’hésite pas à en faire des caisses quitte à faire son cinéma, une de ses grandes passions avec l’art contemporain et l’opéra.

Action !

Dans le communiqué de presse  de cette grande journée que restera le 17 novembre 2011, le patron des patrons numériques lance sans ambages : « Le Numérique, Industrie du futur et futur de l’Industrie » avant de lâcher : « en conséquence, Syntec Numérique prévoit en 2012 une croissance en France de +1%. Le Numérique demeure le moteur de croissance important et d’innovation pour l’ensemble des secteurs. »

Du cinéma on vous dit  ! Ou alors Guy Mamou-Mani n’a rien compris au secteur qu’il représente. Son postulat : le numérique serait le moteur de l’ensemble de l’industrie. C’est vite oublier qu’il est le patron des patrons de sociétés de services qui sont, par essence, au service de… l’industrie ! Tenter de prendre le premier rôle comme le fait Guy Mamou-Mani tourne plutôt au ridicule.

Effectivement, il suffit aux grands de l’industrie de claquer des doigts pour que ses sous-traitants soient mis au pas. Le dernier exemple de Peugeot qui a annoncé des restructurations d’ampleur suffit à illustrer le propos. A côté de son homologue d’Airbus, Renault, Peugeot, etc., le patronat numérique fait pâle figure et représente plutôt un sous-patronat aux ordres des puissants. Ainsi, même au Medef le rôle du Syntec numérique est relativisé. Que pèse-t-il face à l’UIMM (Union des industriels des métiers de la métallurgie) qui se repose sur un trésor de guerre et un entregent politique incommensurables ?

Le réalisateur s’attaque aux figurants

Lors de sa séance, Guy Mamou-Mani a donc préféré accuser les figurants de mal jouer  laissant de côté les premiers rôles industriels. La charge a été portée contre le Munci, l’Association professionnelle des informaticiens, comme celui-ci le rapporte sur son site Internet (à lire ici). Comme des journalistes ayant assisté à la projection du Syntec numérique l’ont expliqué au Munci, Guy Mamou-Mani a dénigré cette « organisation pseudo-syndicale qui mène un très mauvais combat car cela nous empêche de faire pression sur les politiques pour améliorer le nombre de diplômés en informatique ».

Sans minimiser l’action du Munci, on a du mal à croire que cette modeste association, au regard du mastodonte Syntec numérique, puisse lui être aussi nocif. S’il l’est, ce n’est que d’une façon quand les membres du Munci ont la mauvaise idée de remettre les choses au clair.

Ainsi, le patron du Syntec numérique crie aux 800 000 informaticiens en France dont « 400 000 environ dans les services informatiques et autant chez les clients » et un « taux de chômage de la profession (qui) n’est que de 3% ». L’ami Guy est alors pris en flagrant délit de mensonge même s’il atteste que son « chiffre (est) incontestable (et) n’est pas donné par nous. »

Le Munci remet les pendules à l’heure, statistiques de la Dares et de Pôle-Emploi à l’appui. Ainsi, au deuxième trimestre 2011, il y avait  533 000 informaticiens salariés et demandeurs d’emploi. Côté chômage, après une deuxième hausse en août 2011, il y a 31 400 chômeurs du numérique qui représentent un taux de chômage de 6,3% dans la profession (à lire ici).

Pour finir concernant le Munci, Guy Mamou-Mani pense que c’est un « pseudo-défenseur des travailleurs ». Là, il commet une faute de communication de premier ordre. Donnons-lui un conseil qui lui fera économiser quelques milliers d’euros de conseil en la matière. S’attaquer à plus faible que soit n’est le reflet que de sa propre faiblesse. Une faute de poids qui démontre surtout le désarroi dans lequel se trouve le patron numérique. Désarroi qui semble tourner à la panique.

Dans les pas de son frangin

Guy nous a alors fait tout un pataquès pendant sa conférence de presse. Du grand art avec travelling avant et zoom à tout crin. Une fois encore, comme à son habitude, il n’a fait que suivre les pas de son grand frère : Alain Mamou-Mani. Après une maîtrise d’informatique et ses premières expériences dans la vie active, Alain a fondé Go International dont il sera le coprésident-directeur général jusqu’en 1987. Guy n’est alors qu’un tout jeune professeur de mathématiques qui laissera tomber l’enseignement en 1985 pour devenir… Président de GO International dès 1986. Merci frangin !

Alain est désormais producteur à Quid-Novi comme l’atteste sa fiche Viadeo. Il a entre autre produit « Rire et châtiment » en 2003, « Terre promise » en 2004, « Bunker Paradise » en 2005 et « Château en Espagne » en 2008. Regardant son grand frère avec des yeux pétillants de fierté, Guy tente, une fois encore, de faire comme son aîné. Du cinéma donc, mais en moins réussi, concédons-le.

Du reste, c’est avec gourmandise qu’on attend avec impatience la prochaine super-production Made in Syntec numérique : la grande campagne de communication qui vise à changer l’image, et peut-être même le nom, des SSII. Cette comédie d’un budget de 100 000 à 200 000€ sur deux ans sera réalisée par Olivier Vallet de Stéria et devrait être sur tous les écrans en début d’année prochaine. On en rigole d’avance.

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La douteuse gestion de la crise d’Akka Technologies

Akka Technologies rejoint Groupe Open dans le grand bal des faux-cul de la gestion de la crise. La société de services lyonnaise est ainsi soupçonnée d’avoir maquillé un plan social en utilisant ses salariés comme variable d’ajustement. Dans le même temps, elle commence à revenir sur les acquis sociaux des salariés d’Aéroconseil qu’elle a avalé cet été.

En pleine crise, Akka Technologies a su ménager ses actionnaires et la fortune personnelle de son patron, Maurice Ricci (à lire ici). La Tribune de Lyon lève une partie du mystère qui explique désormais l’insolente santé boursière de la société de services informatique : « Pendant la crise du secteur automobile en 2009, plusieurs consultants d’Akka Technologies se sont retrouvés sans mission. Plutôt que de payer ces salariés à ne rien faire, le groupe a procédé à des licenciements sous des motifs personnels bidons comme, par exemple, des problèmes de comportement. Le but est d’éviter la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi plus long à mettre en place et plus couteux », raconte Fabien Rouméas à La Tribune de Lyon.

Fabien Rouméas est avocat et il défend une vingtaine de salariés d’Akka Technologies qui ont poursuivi le groupe aux prud’hommes de Lyon. Le tribunal a d’abord estimé qu’il y avait bien fraude au « licenciement économique » et condamné Akka Technologies « à indemniser quatre premiers plaignants à hauteur de douze mois de salaire », poursuit le magazine lyonnais. Akka Technologies n’a pas fait appel et hier quinze autres cas similaires devaient être jugés.

Le bon filon des départs volontaires

La manœuvre est désormais connu depuis que Groupe Open, la société de Guy Mamou-Mani le patron du syndicat professionnel du secteur (à lire ici), a usé du procédé. Pendant la crise les effectifs ont fondu et dès que l’activité est repartie, voilà le patron en manque de main d’œuvre. A écouter les directions, ce ne sont que des départs volontaires ou, dans le cas d’Akka, des arguments fumeux autour du comportement de ses subordonnés qui étaient en intercontrat (la période de latence entre deux missions).

Ces départs qui semblent avoir été forcés ont évité de mettre en place des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), des plans sociaux qui exige des règles précises de prise en charge des salariés. L’inconvénient, l’opération est longue et coûteuse et nos professionnels du flux tendu ont bien d’autres soucis à gérer, comme celui de rassurer leurs actionnaires.

Les acquis d’Aéroconseil dans le viseur

L’actualité ne s’arrête pas là pour Akka Technologies. Cet été, elle a mis la main sur Aéroconseil, une bonne nouvelle qui a enthousiasmé le directeur financier du groupe, Nicolas Valtille : « L’acquisition d’Aéroconseil (…) nous permet d’avoir plus de mille collaborateurs hors de France et aussi d’avoir plus de 15% de notre chiffre d’affaires hors de France sachant que nous nous sommes fixés un objectif de 30% de notre activité hors de France », expliquait-il. (à lire ici)

Ce qu’il se gardait bien de dire, c’est que pour optimiser l’achat, la direction d’Akka Technologies allait rogner sur les acquis sociaux des salariés ainsi digérés. Comme le démontre la grève d’hier sur le site toulousain à l’appel de la CFE-CGC et l’Unsa d’Aéroconseil.

Leur communiqué dénonce : « Afin d’harmoniser les pratiques avec le groupe AKKA, la Direction d’AeroKKonseil a procédé à la dénonciation de la prime d’ancienneté (1% du salaire de base conventionnel par année d’ancienneté) . » Un petit plus annuel  qui « constituait une source de rémunération supplémentaire pour compenser nos salaires déjà peu attractifs ainsi qu’une garantie d’augmentation indépendante de la politique salariale conjoncturelle », poursuivent les syndicats.

Alors que le 14 septembre dernier, la direction d’Aéroconseil « s’était engagée à une négociation constructive » sur le sujet, deux semaines plus tard, lors d’un Comité d’entreprise : « elle refuse catégoriquement toute négociation concernant la dénonciation de la prime d’ancienneté », constatent les syndicats.

Ils confirment donc la politique d’Akka Technologies qui a grossi en avalant ses concurrents dont les salariés ont ensuite constaté les dégâts : baisse incontestable de leurs primes, participation et intéressement. Les anciens de Coframi rachetés en leurs temps par le groupe lyonnais n’ont pu que constater la dégradation de leurs acquis sociaux.

La direction s’enferme dans le silence

Sur ces deux sujets, la direction d’Akka Technologies ne semble pas vouloir réagir. Son avocat, Joseph Aguera, n’a pas voulu répondre à la Tribune de Lyon pour l’histoire des prud’hommes. Et Patrice Caillaux, responsable des relations sociales du groupe,contacté trois fois depuis hier midi, tient la même posture.

Mais l’honneur est sauf : même si au moment où sont écrites ces lignes, le cours de Bourse d’Akka Technologies est en légère baisse (-0,71%) (à lire sur Akka et la Bourse), la fortune personnelle de son patron plafonne toujours à 140 millions d’€, en hausse de 86,67% sur un an. Nous voilà rassurés.

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Le baromètre incantatoire du Syntec numérique

Todd LockwoodL’Agence pour l’emploi des cadres (Apec) et le Syntec numérique livrent leur baromètre du troisième semestre 2011 sous le nom : « 2011 : très bonne année pour l’emploi des cadres ». Si, à première vue, il est résolument optimiste, en lisant entre les lignes, le propos est vite modéré. Décryptage.

L’optimisme forcené du Syntec numérique

Une des grandes qualités du Syntec numérique est l’optimisme forcené dont fait preuve ses ouailles. A les écouter, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes informatiques. Ainsi, si « 91 % des entreprises de plus de 100 salariés du secteur Informatique ont recruté au moins un cadre au troisième trimestre 2011 », est-il écrit, « on peut toutefois noter que la part des entreprises ayant recruté au troisième trimestre est légèrement inférieure aux prévisions émises le trimestre précédent », poursuit le document. Avant que son rédacteur ne lâche : « ce qui peut témoigner d’un climat légèrement incertain ».

La communication du Syntec numérique réside en effet dans ces effets d’annonce : on prévoit toujours beaucoup pour finalement décevoir. D’ailleurs, ce « climat légèrement incertain », n’empêche pas le Syntec de rajouter une bonne couche de bonne humeur : « Le secteur confirme malgré tout le très grand optimisme dont il fait preuve depuis le début de l’année 2011. Ainsi, 98 % des entreprises interrogées prévoient de recruter au quatrième trimestre 2011, soit nettement plus que l’ensemble des entreprises interrogées dans le cadre du Baromètre Apec (53 %) ». Là encore des incantations qui risquent de décevoir…

Après les départs en masse, les recrutements en masse

« Le seul élément de certitude pour le secteur Informatique est la bonne année 2011 avec sans doute davantage de cadres recrutés par rapport à 2010 ». Les entreprises du numérique ont « sans doute davantage » plus recruté en 2011 (on n’en est plus sûr) et  « les trois quarts envisagent de maintenir les recrutements de cadres prévus dans les six prochains mois. » Des incantations, là encore, mises en perspective par la phrase qui suit : « Par rapport aux autres secteurs, les entreprises informatiques sont plus nombreuses, en proportion, à prévoir à la fois de réduire et d’augmenter leurs plans de recrutement à six mois ». Alors, on réduit ou on augmente ? Même l’Apec et le Syntec numérique semblent perdus.

Ce qu’on ne peut pas nier, c’est que les recrutements sont repartis à la hausse. C’est incontestable ! Mais la raison n’est pas aussi enjôleuse. Effectivement, la crise, qui a quelques peu épargnée les dirigeants et actionnaires, a été supportée en grande majorité par les salariés. A titre d’exemple, Groupe Open dirigée par le président du Syntec numérique, Guy Mamou-Mani, a utilisé ses chers « collaborateurs » comme variable d’ajustement. Et, maintenant que l’activité reprend, les bras manquent. Et on peut être sûr que Groupe Open n’a pas été la seule SSII a user du procédé comme l’actualité va nous le démontrer dans les jours qui viennent.

L’indicateur bidon

On peut aussi s’interroger sur les indicateurs choisis pour définir ce baromètre. Ainsi, l’Apec et le Syntec numérique nous certifient que : « L’évolution de la volumétrie des offres reste toutefois un indicateur pertinent d’évolution du marché. » Inquiétant quand on sait, comme je l’ai démontré dans le livre (témoignages et étude de l’Apec à l’appui) que les SSII sont grosses pourvoyeuses d’offres d’emploi bidonnées. Elles servent souvent à la communication d’un groupe ou à grossir des banques de CV dont les postulants n’auront des fois jamais d’entretiens. Alors est-ce une si bonne nouvelle quand on nous dit : « Par rapport au troisième trimestre 2010, le volume des offres en Informatique diffusées sur le site de l’Apec a progressé de 35 % » ?

La pénurie de candidats, leitmotiv du Syntec numérique

Dans cette jolie communication qu’est ce baromètre, le Syntec numérique ne manque pas d’user des vieilles ficelles à l’image du leitmotiv : la pénurie de candidats adaptés. « 83 % des recruteurs interrogés trois à six mois après la parution d’une offre sur le site de l’Apec jugent qu’il leur a été difficile de trouver des candidats adaptés au poste à pourvoir. » C’est que « la tension est fortement perceptible dans le secteur informatique » et que « le marché est également plus tendu par rapport à l’an passé à la même période ». La gestion à flux tendu des effectifs comme on peut le faire du stock de ramettes de papier ou de stylos trouvent là sa limite.

Il est difficile de trouver la perle rare au pied levé pour répondre à un contrat pressant. Le recrutement et la formation sont des étapes longues et rigoureuses. Et le secteur informatique n’a jamais brillé par sa gestion des ressources humaines.

L’informatique aime les jeunes

Les diplômés de la filière informatique étaient à 88% « en emploi au printemps 2011, soit un taux d’emploi 17 points plus élevé que les diplômés de l’ensemble des filières. » Là encore, ce qu’on essaie de nous faire passer comme une réussite a une toute autre logique. L’informatique aime les jeunes, là aussi c’est indéniable. La preuve ? « Les cadres du secteur sont plus jeunes que l’ensemble des cadres. 46 % des cadres du secteur informatique ont moins de 40 ans, contre 43 % dans l’ensemble des secteurs d’activités. »

Par exemple, en SSII, les seniors sont poussés vers la sortie car ils ont la mauvaise habitude d’être mieux payés. On leur préfère généralement des jeunes plus malléables et moins bien rémunérés. Oui, mais avance le baromètre : « le salaire médian des diplômés de l’informatique atteint 33 600 euros, soit 6 000 euros de plus que celui de l’ensemble des diplômés et en nette progression par rapport à l’année dernière (30 900 euros). »

Rappelons, selon la définition de l’Insee, ce qu’est le salaire médian : « Salaire tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus. Il se différencie du salaire moyen qui est la moyenne de l’ensemble des salaires de la population considérée. » Donc, si 50% des jeunes diplômés de l’informatique gagnent plus de 33 600€ (soit 2 800€ bruts par mois), 50% gagnent moins.

On le voit bien, une fois décortiquée, ce baromètre tente surtout de maquiller une situation qui reste précaire pour les salariés de l’informatique. Le Syntec numérique approuvé ici par l’Apec n’a qu’un objectif : communiquer sur l’optimisme du secteur. Et, à n’en pas douter, la presse informatique va se ruer dessus à coup de : « L’emploi des cadres se porte bien dans l’informatique » ou encore « Les jeunes diplômés de l’informatique ont tous des gros salaires ». L’opération de communication aura ainsi rassuré clients et actionnaires.

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Les cadres ont été moins augmentés que les ouvriers

DRL’Insee publie aujourd’hui son « Portrait social » de la France, outil indispensable pour prendre la mesure de l’ampleur des évolutions du pays. On y apprend, par exemple, qu’entre 1995 et 2009, les cadres ont été moins augmentés que les ouvriers.

Tous les ans, l’Insee publie le « Portrait social » de la France (consultable ici et téléchargeable sur son site), l’occasion de faire le point sur la démographie, les conditions de vie ou encore l’emploi et les salaires. Côté emploi, c’est bien la précarité qui est mise en avant avec une belle envolée de l’intérim et le recul des CDI. Côté revenus, les inégalités sont criantes avec des plus riches qui se sont enrichis, notamment, avec l’effet d’aubaine de l’allègement de l’impôt sur le revenu.

L’anarchie en SSII

Au chapitre « Salaires et niveaux de vie », l’Insee fait le point sur les revenus des différentes catégories professionnelles. L’institut réparti ainsi les diverses catégories selon leurs revenus de 2009 : les employés ont en moyenne perçu 13 064 € ; les ouvriers : 14 325 € ; les professions intermédiaires : 21 516 € et les « cadres, dirigeants de société salariés et professions intellectuelles » ont perçu en moyenne 38 553 € euros.

Si en SSII, la grande majorité des salariés ont le statut cadre, une grande partie d’entre eux relativement jeunes gagnent moins des 38 553€, les salaires d’entrée annoncées par le patronat étant autour de 30 000€. Officiellement. Car un jeune qui ne saura pas se défendre en entretien risque de gagner moins, les témoignages sont réguliers sur le sujet. Bref, l’anarchie salariale qui règne en SSII ne permet pas de coller précisément à la nomenclature de l’Insee. D’ailleurs, les patrons de SSII sont des grands rebelles, car au vu de leur gestion des ressources humaines, les SSII ne collent pas non plus à la nomenclature de l’Apec (à lire ici).

Les cadres ont perdu du salaire

Si malgré leur statut cadre, nombres de salariés de SSII sont plus proches des « professions intermédiaires » en termes de salaires, pour ne pas froisser le patronat numérique, nous partirons du postulat qu’ils sont bel et bien cadre avec leurs 38 553€  d’émoluments annuels moyens.

L’Inse nous apprend alors que : « entre 1995 et 2009, le revenu salarial a globalement augmenté en euros constants pour toutes les catégories socioprofessionnelles ». Mais, c’est chez les ouvriers que la hausse aura été la plus forte : +1,1% en rythme annuel. Pour les professions intermédiaires, cette augmentation annuelle n’aura été que de 0,4% et +0,5% par an pour les cadres.

Des cadres qui ont subi la crise de plein fouet comme l’explique l’Insse : « suite à la crise, leur revenu salarial moyen a baissé de 1,5 % en 2009, en lien avec la baisse de la part variable du salaire. » L’institut confirme-là que les primes, intéressement et autres participations n’ont fait que de diminuer. Les cadres de SSII peuvent le confirmer.

Salaire horaire en retard

Enfin, on apprend que les inégalités de revenu salarial des cadres ont « sensiblement diminué » entre 1995 et 2009. Ils ont effectivement travailler plus en termes de nombres de jours en emploi « pour les temps complets qui travaillent une partie de l’année seulement » et il y a eu une « augmentation sensible de la quotité de travail pour les temps partiels ». Le talon d’Achille salarial des cadres restent leur salaire horaire où les inégalités stagnent depuis 1995.

Le patronat pourra toujours objecter qu’un cadre gagne toujours plus qu’un ouvrier. C’est indéniable. Mais, ce que relève l’Insee, c’est que les revenus des cadres tendent à stagner. Si à cela, on ajoute leurs conditions de travail qui se dégradent, il n’y a qu’un pas pour créer une nouvelle catégorie dans la nomenclature de l’Insee : les cadres-ouvriers.

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L’avenir radieux des actionnaires d’Akka

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Nouveau siège social d'Akka Technologies

Akka Technologies confirme une fois encore sa réputation de SSII boursière. Alors qu’elle vient de gober Aéroconseil, les marchés lui sont acquis pour le plus grand bonheur des actionnaires du groupe. De leur côté, les salariés récupèrent les miettes.

Akka Technologies est définitivement entrée dans la cour des grands ! Celle où les vieux schémas d’exploitation digne du XIXème siècle perdurent et assurent le bonheur des actionnaires. Comme quoi on peut représenter ce secteur moderne des nouvelles technologies en travaillant pour les plus grands (Airbus, Renault) tout en appliquant une archaïque répartition des richesses. C’est qu’Akka confirme-là sa place incontestée de SSII boursière.

Akka, chouchou des marchés

« En dépit d’un probable ralentissement économique sur 2012 Portzamparc confirme sa recommandation à l’achat sur Akka Technologies avec un objectif de cours de 21,5 Euros après la publication du T3 », nous apprenait Boursier.com le 9 novembre dernier. Portzamparc, la « société de bourse », pense effectivement « que la valorisation du groupe de conseil est attractive au regard de son changement de dimension à venir et de sa capacité à générer de la rentabilité. » Elle assure même un avenir radieux pour le portefeuille des actionnaires en 2012 : « un chiffre d’affaires de 564,6 ME en croissance de 18,8% (+3% en organique) et sur une légère érosion des marges à 8,5%. »

Un directeur financier en polo

Laissant au placard son costume-cravate, c’est attifé d’un polo que le directeur général adjoint finance d’Akka, Nicolas Valtille, présente les performances de son groupe dans l’émission « Bourse et valeurs » de Télé-Lyon Métropole (TLM). Tout guilleret, il annonce : « Un très bon premier semestre : 15% de croissance organique. (…) Et puis aussi un relèvement de nos objectifs sur l’année. On s’attendait à une croissance totale sur l’année (sic) de 10%, finalement on fera plus de 12% de croissance sur l’année. »

Salarié(e)s d’Aéroconseil qui venez de rejoindre Akka Technologies, si vous pensiez participer à un grand projet industriel qui aurait mis en avant la technicité et la bonne poursuite de projets innovants, les propos du directeur financier risque de freiner quelque peu vos ardeurs.

Du chiffre et encore du chiffre à écouter Nicolas Valtille : « L’acquisition d’Aéroconseil (…) nous permet d’avoir plus de mille collaborateurs hors de France et aussi d’avoir plus de 15% de notre chiffre d’affaires hors de France », explique-t-il avant de lâcher : « sachant que nous nous sommes fixés un objectif de 30% de notre activité hors de France donc on a encore un peu de chemin à parcourir », poursuit le randonneur financier en polo. 15% de l’activité de plus à réaliser hors de France, c’est combien de pourcentage en moins en France ? Nicolas Valtille ne nous le dit pas.

Le béat de la Bourse

Et quand on parle rentabilité, le bonheur se lit dans les yeux de Nicolas Valtille : « Ah, on a des objectifs assez ambitieux que nous allons atteindre ! », lâche le financier sans cravate. « 9% de rentabilité opérationnelle d’activité ! Sur le premier semestre nous avons déjà atteint 8,8% ! », exulte-t-il. Et sur la marge de progression en Bourse ? « Je pense que compte tenu des performances de notre groupe, 9% de rentabilité (et) 550 millions d’euros de chiffre d’affaires proformat, il y a de larges perspectives d’amélioration de valorisation sur les marchés », conclu notre béat de la Bourse.

Vous ne trouverez rien dans cette interview sur celles et ceux qui contribuent au bonheur de Nicolas Valtille. Pour eux, la cure d’austérité n’est pas terminée. Il faut se pencher sur le site de la CGT d’Akka I&S, filiale du groupe, pour apprendre que la participation des salariés ne correspondait qu’à 0,72% des salaires bruts versés par le groupe. Un graphique montre l’évolution de la participation chez Akka qui est inversement proportionnelle à celle du cours de Bourse, le partage des profits n’étant pas une spécialité maison. Ainsi, en 2010, la part de la participation s’élevait à 1,53 millions d’€ contre 7,59 millions d’€ de dividendes ! Dans le même temps : « 38% de l’effectif AKKA I&S n’a pas obtenu d’augmentation en 2010 », rappelle la CGT.

La fortune-éclair du patron d’Akka

Si l’avenir s’annonce donc radieux pour les actionnaires d’Akka Technologies, il l’est beaucoup moins pour les salariés. Car, quelle est la logique boursière ? L’économiste Frédéric Lordon, directeur de recherches au CNRS, y a déjà largement répondu.  Comme le rappelle Isabelle Bourboulon dans son excellent « livre noir du management », l’hégémonie de la finance, « dans le contexte macro-économique actuel, est l’une des principales causes de la souffrance au travail. »

Paraphrasant Lordon, elle rappelle que la Bourse « est une machine à fabriquer des fortunes. Et c’est tout. (…) Enfin, au-delà de sa nocivité économique, la Bourse en concentre une autre, celle, symbolique, de la fortune-éclair, de l’enrichissement sans limites réservé aux élites économiques (pour les autres, il y a le loto). » La preuve ? La fortune personnelle de la famille de Maurice Ricci, patron d’Akka, plafonne à 140 millions d’€, soit plus 86,67% en un an d’après le magazine Challenges. Salarié(e)s d’Akka, il vous reste toujours le Loto…

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Le nouveau patron d’Altran, un « clone » managérial

Philippe Salle, le nouveau patron d'Altran, ancien "clône" de McKinsey

Après avoir mis à la porte le dinosaure de Chaisemartin, les actionnaires d’Altran ont embauché Philippe Salle. Lequel a présenté le mois dernier son plan stratégique 2012-2015 qui recentre les activités du groupe en Asie.

Philippe Salle tient donc les rênes d’Altran depuis environ cinq mois après l’éviction de l’énigmatique Yves de Chaisemartin par les actionnaires du groupe. Le papi numérique a laissé l’entreprise en petite forme : une « perte nette de 27,7 millions subie au premier semestre 2011 », annonce l’agence Reuters (dépêche du 19/10/2011). Mais Philippe Salle a son plan pour sortir de la crise.

« Refocaliser » pour gagner plus

Altran espère ainsi un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards d’€ en 2015. Et pour l’atteindre, « il faut qu’on fasse plus de 200 millions d’euros d’acquisitions d’ici quatre ans », explique son nouveau patron à Reuters. Philippe Salle a « son plan stratégique » pour y arriver : « un recentrage sur ses marchés clés et (…) une rationalisation de ses activités », a-t-il confié avant de préciser : « Mon objectif est de refocaliser le groupe, de le recentrer sur six pays en Europe, avant d’attaquer l’Asie. »

Altran va donc se « refocaliser » sur l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni et se concentrer sur « quatre grands pôles sectoriels, dont l’automobile, l’aéronautique, l’énergie et les télécommunications. » « L’année 2011 restera négative », prévient Philippe Salle, « et on reviendra en territoire positif en 2012. »

Recentrage chinois

De territoire, Philippe Salle compte effectivement en changer. Son plan est maintenant de percer le marché chinois : « Nous sommes trop petits en Chine, nous souhaitons trouver des partenaires pour accroître notre présence, la Chine sera un marché clé à l’avenir », a-t-il encore déclaré.
Pour couronner le tout, le nouveau patron veut maîtriser les frais généraux afin de limiter les coûts indirects à 18% du d’affaires d’ici quatre ans, contre 22,1% en 2010. Et pour bien mener la manœuvre, il va même embaucher un nouveau directeur financier. Maîtrise des coûts, rationalisation des activités et l’Asie en ligne de mire : les salariés du groupe devraient avoir quelques inquiétudes légitimes quant à leur avenir au sein de cette SSII à la dérive.

De « clone » managérial au karaté-kid technologique

Comment Philippe Salle va-t-il effectivement gérer les partenaires sociaux quand son plan stratégique va commencer à prendre forme ? On imagine le personnage assez retord quand on sait qu’il fait du karaté. Le karaté-kid technologique va-t-il donc réussir son pari ? A suivre. Quoiqu’il en soit, un coup d’œil à son CV n’est pas fait pour rassurer.

Espérons qu’il laisse derrière lui les réflexes acquis à la direction France du groupe Vedior, champion de l’intérim. Déjà que ses subordonnés des ressources humaines lâchent sans fard qu’Altran fait allègrement de la mise en régie, illégale au regard du Code du travail, gageons que Philippe Salle maîtrise le sujet et se rappelle que le prêt de main d’œuvre n’est légal que dans le cadre de son ancien boulot, l’intérim.

En tout cas, le bonhomme est allé à bonne école côté management. Entre 1995 et 1999, il a été directeur de projet à McKinsey, « la plus importante société de conseil en stratégie et management », nous apprend Isabelle Bourboulon dans son dernier livre : « Le livre noir du management ». Communément nommée « The Firm », McKinsey est réputée par « le recrutement extrêmement sélectif » de « clones ». Le leitmotiv y est : « le client est toujours roi ». « Même le week-end : vous avez beau être en famille, votre esprit est encore mobilisé par le travail », témoigne un ancien de McKinsey dans ce livre . Avant de préciser : « dans les valeurs partagées, il y a aussi les fêtes et les grands-messes avec prêtres, évêques, papes, popes… » Un « esprit d’entreprise » que connaissent déjà bien les salariés de SSII. Enfin, Mc Kinsey a élaboré un « management très sophistiqué » où les « collaborateurs » sont régulièrement notés. Philippe Salle va-t-il pouvoir mettre de côté ses réflexes conditionnés de « management sophistiqué » ? Les salariés d’Altran nous le diront.

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Groupe Open rentabilise au maximum les salariés qui lui reste

Hourra ! « Groupe Open touche les premiers dividendes de sa réorganisation », s’enthousiasme sur Channelbp.com  Guy Mamou-Mani, son président. Si les actionnaires de la SSII semblent avoir mangé leur pain noir, les salariés doivent être au bord de l’indigestion.

Groupe Open applique une règle de base de gestion d’une entreprise moderne : utiliser ses salariés comme variable d’ajustement. Et ça marche ! Les résultats semestriels qui sont tombés en septembre dernier sont là pour en attester :+69% pour le Résultat opérationnel courant (ROC) par rapport aux six premiers mois de l’année dernière. Mais, me direz-vous, comment cela est-ce possible alors que sur la même période le chiffre d’affaires a chuté de 3% ? Petite analyse d’une saine gestion capitaliste.

Travailler plus pour gagner moins

Avant tout, le ROC est la « différence entre le chiffre d’affaires et les coûts liés à la fabrication des produits, à leur distribution, à leur vente et aux amortissements des investissements de l’entreprise. C’est un indicateur de la capacité de l’entreprise à dégager la marge nécessaire à son exploitation et à son développement. » Dans « ces fameux coûts liés à la fabrication des produits », on retrouve la masse salariale. D’ailleurs, dans son communiqué Groupe Open explique « cette tendance positive d’amélioration des indicateurs opérationnels » grâce à « la rationalisation des coûts de structure ». L’explication de texte est ici inutile : les coûts de structure, levez la main !

D’ailleurs, la SSII explique que son « TACE (Taux d’Activité Congés Exclus) se porte à 88,2% contre 86,9% au premier semestre 2010 » et que son « TJM (Taux Journaliser Moyen) est également en nette amélioration s’établissant à 406€ contre 388 euros en 2010. » Malgré ces performances, on doute que les salariés aient vu un changement sur leurs fiches de paie. Seuls leurs collègues de bureau sont différents.

Effectivement, en 2009, la SSII a entrepris une cure d’amaigrissement en se séparant de quelques subordonnés, ce qui a entraîné une « décroissance organique » de 10% du chiffre d’affaires 2010 :  « Cette décroissance illustre la diminution du nombre de collaborateurs productifs, lesquels étaient 2800 au 31 décembre 2010, contre 3150 un an avant », expliquait déjà à Channelbp.com Guy Mamou-Mani (22/03/2011). « Le retour à la croissance de notre chiffre d’affaires sera progressif et indexé sur nos futurs recrutements. Groupe Open prévoit de recruter environ 800 nouveaux collaborateurs en 2011 », poursuivait le nutritionniste patronal.

Les seniors d’Open à la diet

Résumons donc les choses : Groupe Open se sépare de ses salariés sans engager de Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) et embauche à tour de bras cette année. A une exception près : les seniors. Ému par un précédent article de ce modeste blog sur la gestion RH de sa SSII, Gontran de Margerie Mouton qui se présente comme « faisant partie de l’équipe dirigeante de groupe open » explique que la baisse de 2010 est dû aux départs volontaires des salariés et lâche une autre information : un PSE est en cours pour les seniors.

Groupe Open s’engage à conserver 85% de ses seniors en 2010, 88% en 2011 et 90% en 2012, « ce qui ne veut pas dire que nous nous sommes engagés à nous délester de :
  15% de nos seniors en 2010 ; 12% de nos seniors en 2011 ; et 10% de nos seniors en 2012″, explique en commentaire le même dirigeant. Ah la belle novlangue patronale ! Faut-il rappeler la définition d’un PSE : « plan destiné à éviter les licenciements ou à en limiter le nombre et à faciliter le reclassement du personnel dont le licenciement ne pourra être évité. » Le PSE est juste la version novlangue de l’ancien plan social.

En se séparant de ses seniors, Groupe Open applique-là une deuxième règle d’une entreprise moderne : se séparer de ses plus vieux salariés qui, certes s’ils ont plus d’expérience, ont plus d’ancienneté et touchent ainsi de plus gros salaires. Ils ont en plus la désagréable manie d’être moins malléables que les jeunes cadres dynamiques à qui l’on peut promettre monts et merveilles.

Partage du gâteau ?

« La balance de nos recrutements est de nouveau positive depuis le 2e trimestre 2010 », se réjoui l’heureux Guy Mamou-Mani. Après s’être séparé d’une partie de ses salariés, il rentabilise au mieux ceux qui lui reste et se retrouve même en manque. Alors, il lance cette année un grand plan de recrutement pour parfaire ses effectifs : 800 postes dont 350 restent encore à pourvoir selon le site internet du groupe.

Mais que les heureux(-ses) élu(-es) ne se réjouissent pas trop vite. Qu’ils (elles) négocient au mieux leur salaire d’embauche car ce ne sont pas les modestes primes de participation et d’intéressement qui gonfleront leurs revenus. Enfin, que tous les salariés gardent en tête la troisième règle essentielle d’une entreprise moderne : derrière chaque donnée économique se cache un coût social ; c’est la base même du salariat. Et, si « Groupe Open touche les premiers dividendes de sa réorganisation », qu’ils n’hésitent pas à demander leur part du gâteau.

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